Gino le “Juste”

Le journaliste italien Alberto Toscano a publiè ce printemps « Un vélo contre la barbarie nazie », retraçant une page peu connue de la vie du champion cycliste Gino Bartali.Alberto Toscano (70 ans) est « le plus français des journalistes italiens » comme on le présente souvent. Son histoire avec la France a débuté en 1977.Alberto Toscano CRÉDIT PHOTO : ARMAND COLIN

Docteur en sciences politiques, il travaille comme chercheur à l’Istituto degli studi di politica internazionale (ISPI) à Milan. Il va alors effectuer un stage de neuf mois au CFPJ (Centre de formation et de perfectionnement des journalistes), à Paris, grâce à une bourse « journalistes en Europe », dirigé par Hubert Beuve-Méry et Philippe Viannay. Toscano se lancera dans une carrière de journaliste en 1983, travaillant pour les journaux « Rinascita » puis « l’Unita » (classés extrême gauche) avant de devenir correspondant en France pour « Italia Oggi » et d’autres médias de la Botte.Indépendant à partir de 1994, il est devenu une voix incontournable de l’Italie dans les médias français. À la retraite depuis trois ans, il continue à intervenir avec parcimonie, notamment sur LCI et Europe 1.

Il est chevalier de l’Ordre national du Mérite de la République française et chevalier de la République italienne. « Un honneur d’être reconnu par les deux pays pour mon travail », glisse-t-il, sans vouloir se glorifier. Alberto Toscano consacre un livre à Gino Bartali (1914–2000), le champion cycliste, vainqueur du Tour de France en 1938 et 1948, du Giro d’Italia, en 1936, 1937, 1946 et héros de la résistance. Ce dernier point est au coeur de « Un vélo contre la barbarie nazie », son sixième ouvrage en français, sorti juste avant le début du 101e Giro d’Italia, qui rendait hommage à « Gino le Pieux ».

Pourquoi avez-vous écrit ce livre dont Gino Bartali est le personnage central ?

Alberto Toscano. J’ai constaté que l’histoire de Gino Bartali durant la Seconde Guerre mondiale n’était pas très connue en France. Il y a un an et demi, j’ai écrit un long article pour le mensuel « Historia ». Puis, on a appris que le Giro 2018 partirait de Jérusalem (trois étapes ont eu lieu en Israël), en mémoire de Gino Bartali (reconnu « Juste parmi les Nations » en 2013 pour avoir sauvé plus de 800 Juifs pendant la Seconde Guerre mondiale. Il a été fait, le mercredi 2 mai, citoyen d’honneur du mémorial de Yad Vashem). La maison d’édition (Armand Colin) m’a proposé de faire un livre sur le sujet. Je me suis lancé avec enthousiasme.

Vous décrivez aussi l’Italie de l’époque…

Oui, j’ai cherché une clé particulière car de nombreux livres ont été consacrés à Gino Bartali, mais souvent de façon romanesque pour présenter ses exploits sportifs. J’ai donc mêlé la narration de son parcours de cycliste et d’homme à l’histoire de l’Italie. Avec notamment les lois raciales fascistes de 1938 qui sont assez méconnues en France où encore la persécution des juifs particulièrement vive en 1943–1944. C’est aussi un traité d’histoire, sur l’histoire de l’Italie pendant la Seconde Guerre mondiale et sa reconstruction. J’ai voulu alterner les passages sur Gino Bartali – sa vie de sportif, pendant la guerre – et les crises politiques pour que ce ne soit pas trop intense.

Vous détaillez notamment l’année 1938, marquée par le titre de champion du monde de football de la Squadra Azzurra et la victoire de Bartali sur le Tour de France. Des succès qui semblent différents ?

Le fascisme utilisait le sport comme moyen de propagande. Et à l’époque, le cyclisme est plus populaire que le foot. Le Tour de France, disputé par des équipes nationales, était une épreuve vénérée en Italie. Les footballeurs ont été des marionnettes du régime. Ils faisaient le salut fasciste, expliquaient qu’ils avaient gagné grâce au Duce, plein d’idioties de ce genre. Au contraire, Gino Bartali fut l’un des rares sportifs à ne pas prendre la carte du parti fasciste. Il faisait le signe de croix quand il gagnait et il n’a jamais eu le moindre mot en faveur de Mussolini ou du régime.

Malgré tout, vous démontrez qu’une partie de la presse italienne, et notamment la Gazzetta dello Sport, rattachait les succès de Bartali au régime…

Oui, les victoires de Bartali étaient présentées comme la preuve de la supériorité de la race italienne… Bartali ne pouvait pas l’empêcher. Il était Italien, donc il gagnait pour l’Italie, sinon, il aurait dû s’exiler. Après la guerre, on a retrouvé des dossiers de la police secrète fasciste qui avait donné l’ordre à la presse de parler du sportif mais pas de l’homme car il était opposé au régime.

D’ailleurs, les titres d’articles de la presse italienne mais aussi française sont très présents tout au long du livre.

Dans mes recherches, je me suis appuyé sur la presse des deux pays de l’époque. Pour montrer les différences mais aussi certaines manipulations. En 1938, la presse proposait des titres dithyrambiques sur la visite d’Hitler en Italie, en occultant totalement l’attitude de Pie XI, qui avait quitté Rome pour ne pas être dans la même ville qu’Hitler.

Le plus marquant est le comportement de Gino Bartali pendant la Seconde Guerre mondiale. Pouvez-vous l’expliquer ?

J’explique comment l’Italie est arrivée à une occupation par les Allemands, avec la rafle du ghetto de Rome en octobre 1943 où plus de 1000 juifs italiens ont été déportés au camp de concentration d’Auschwitz. On voit un miracle, les Juifs et les Catholiques se rassembler pour sauver une population. Il y avait 47 000 juifs italiens. En Toscane, un réseau clandestin « Delasem » se met en place, animé par la communauté juive et par le cardinal de Florence, Elia Angelo Dalla Costa, pour cacher des juifs dans des couvents et pour leur procurer des faux documents d’identité. Gino Bartali va faire jusqu’à 400 km à bicyclette par jour pour acheminer des faux papiers, cachés dans le guidon ou la selle, vers les couvents de la région où les juifs sont protégés. Il prétexte des entraînements et utilise sa popularité pour contourner les contrôles. Il aurait pu rester tranquillement chez lui, en famille. Il a décidé de se mettre en danger.

Pourquoi n’a-t-il jamais voulu en parler publiquement, même lorsque ça s’est su dans les années 80 ?

Il a voulu le garder pour lui, c’était son intimité. J’en ai parlé à ses deux fils encore en vie, Luigi et Bianca Maria (son troisième fils Andrea est décédé en 2017), qui ont été témoins d’allusions. Gino disait qu’il avait juste fait son devoir. C’était aussi un respect pour ceux qui ont perdu la vie. Ce n’est pas un cas unique. Oskar Schindler n’a jamais voulu être mis en avant. Primo Levi a écrit sur sa déportation à Auschwitz pour témoigner, mais ne s’est jamais glorifié. Gino Bartali disait que les médailles qui comptent sont celles que l’on reçoit lors de la vie éternelle. Il était un catholique dévoué à Sainte-Thérèse de Lisieux. Il allait à l’église chaque matin avant le départ de l’étape, il priait encore sur la ligne. Il avait une foi catholique qui en était même naïve.Gino Bartali pose avec son épouse Adriana Bani et leurs deux premiers fils Andrea et Luigi Bianca en 1960. CRÉDIT PHOTO : ARMAND COLIN

Pour revenir au sportif, Gino Bartali signe un autre exploit en 1948. Il remporte le Tour alors que l’Italie est en plein chaos. Ce qui semble l’avoir transcendé ?

Il a reconnu qu’il n’aurait pas eu la même stratégie de course s’il n’y avait pas eu l’attentat (le 14 juillet, jour de repos sur le Tour, le leader communiste Palmiro Togliatti est touché par gravement balles. Il survivra, NDLR). Le Premier ministre Alcide de Gasperi téléphone à Gino Bartali, qu’il a connu à l’Action catholique, et lui fait comprendre que l’Italie a besoin de joie, de calme, qu’il doit gagner le Tour pour calmer les esprits. Il est à plus de 20 minutes de Bobet au général. Il gagne trois étapes d’affilée et remporte le Tour avec 26 minutes d’avance. Et il a 34 ans. Un exploit guidé par sa foi catholique et sa croyance en des valeurs comme l’amitié envers de Gasperi et le patriotisme. Il a inspiré l’optimisme.

Vous présentez l’Italie de l’Après-guerre sous le spectre de trois couples rivaux. Les politiques Palmiro Togliatti et Alcide de Gasperi, les personnages de cinéma Don Camillo et Peppone, ainsi que les cyclistes Fausto Coppi et Gino Bartali. Est-ce une parabole envers l’Italie contemporaine ?

J’ai essayé de décrire la mentalité italienne à travers ces trois couples, qui se disputaient mais savaient se rassembler, malgré leurs divergences, pour le bien de tous. L’Italie d’aujourd’hui a besoin de retrouver de la confiance, une atmosphère positive. On traverse une zone de turbulences (l’Italie n’a pas de gouvernement depuis les élections, début mars, NDLR). Les leaders politiques actuels sont-ils capables de dépasser leurs querelles personnelles, d’oublier leurs ambitions et de s’allier pour le bien de la nation? J’en doute, il faut de l’intelligence et de la sensibilité pour y arriver sur la durée.

Est-ce un livre à part dans votre bibliographie ?

Oui. Pour plusieurs raisons. J’aime le sport mais je ne suis pas journaliste sportif. J’ai effectué énormément de recherches, visionné des documentaires, des interviews, rencontrer du monde. Je me suis passionné pour cet homme. Et puis, cela faisait écho à l’histoire de mon père qui avait été persécuté et qui avait perdu son travail à cause des lois raciales. Notre famille, qui était juive, s’était convertie trente ans plus tôt pour des raisons d’ordre privé. Mais on restait des juifs pour les fascistes. Ce livre m’a pris cinq mois, à me lever à cinq heures du matin. C’est mon sixième ouvrage en Français, le plus difficile à écrire et celui dont je suis le plus fier. Il est pour le public français mais j’espère qu’il sera traduit et publié prochainement en Italie.

Genova mia

Cara Genova,

Longtemps, je t’ai suivie de loin avec l’appréhension de t’approcher. Oui, tu me fascinais mais je te craignais. Marcher sur les traces de ses ancêtres n’est pas anodin. Surtout quand ils ne sont plus là pour vous guider. Il me reste quelques bribes d’anecdotes de mon grand-père. Mais en bon immigré intégré, il n’aimait pas revenir sur le passé transalpin familial, cette époque si rude avec le Duce. Et le choix de chercher le bonheur ailleurs. Ou juste d’assurer un avenir à sa famille. L’enfant, qui écoutait parfois d’une oreille en tapant dans le ballon, a grandi en laissant s’évaporer ces rares moments qui maintenant, j’en ai conscience, étaient précieux.

Alors, je te tournais autour, Firenze, Torino, Milano… Je t’ai même effleuré un jour, en passant à La Spezia. C’est certain, j’aurais pu faire un saut pour te saluer. Prendre la température. Mais je trouvais toujours une échappatoire. Pas le temps, une autre fois… C’est si simple de s’inventer des excuses.

Et puis, un jour, j’ai eu besoin de te connaître. Te voir, te sentir, te toucher. Le pesant est devenu urgent. Été 2018, à tout juste 30 ans, les cloches ont sonné. Le moment de faire le grand saut.

Et je n’ai pas été déçu. Tu n’es pas comme les autres. Ton centre historique médiéval, l’un des plus grands d’Europe, ton port avec son aquarium, ta côte à n’en plus finir, et ta courbe qui monte, qui monte, pour mieux de contempler depuis les hauteurs de Righi.

Cependant, tu es plurielle, ma chère.

Oui, tu es du Nord, tu as cette prestance, tes quartiers chics et leurs magasins de luxe comme à la via Roma, tes jardins reposants, tes palais sublimes, tes bords de mer paradisiaques, Boccadasse (en photo) et Nervi à quelques minutes en bus ou en train.

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Mais tu es aussi du Sud. Si, si. Tes ruelles sombres, aux odeurs suspectes, aux commerces délabrés, aux murs abîmés avec le linge qui sèche un peu partout. Je connais moins le bas de la Botte. Peut-être que je me trompe, mais, par moments, tu m’as fait penser à Napoli, que j’ai rencontré un an plus tôt avec passion.

En fait, tu es un condensé d’Italie. Tes arcades sublimes qui longent les rues pour se retrouver aux piazze, tes églises modestes ou majestueuses mais toujours authentiques, tes osterie bruyantes et accueillantes avec leurs trofie al pesto à 5 euros, ta population loquace, accueillante, souvent bienveillante même avec un « francese » qui fait plein de fautes en essayant de parler comme Dante. Mais qui sourit. Et ça, les Italiens apprécient.

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Tu es déstabilisante.

Il suffit de tourner dans une rue pour changer d’atmosphère. Tant mieux. Car avant de te connaître, j’aimais déjà l’Italie. Toute l’Italie. Ses qualités, ses défauts. En plus, tu peux l’avouer maintenant, tu as tout fait pour me séduire. Six jours dignes d’une lune de miel. Du soleil en continu, des découvertes et des ballades sans la moindre encombre, des bons repas, des soirées s’étirant autour de l’aperitivo. Je n’ai pas vu le temps s’écouler.

Du coup, je me suis concentré sur toi, repoussant tes amies des Cinque Terre avant de partir à la rencontre d’autres coins du Bel Paese. Je suis comme ça, infidèle. Je picore. Je te l’ai dit, j’aime toute l’Italie. Mais je reviendrai. Pour découvrir d’autres secteurs de la Liguria. Et pour te revoir. Car, désormais, tu es une partie de moi. Concrète, palpable. Mes racines ont trouvé leur terre.

Je suis sûr que nonno aurait été fier de savoir que l’on se connaît, que l’on s’apprécie. Il le sait, peut-être… Grâce à toi, j’ai beaucoup pensé à lui, à nonna et bien sûr à mamma. Alors, si tu les vois passer dans ton ciel bleu comme un songe, embrasse-les pour moi.

Grazie, Genova. Ti amo.

Mise à jour (15 août) : Depuis cette lettre, écrite sur un coup de tête, un après-midi où la nostalgie m’a entraîné jusqu’à une terrasse ensoleillée pour voyager dans mes émotions, tu as été meurtrie. Un mois après mon passage. Un pont qui cède, des innocents qui perdent la vie. Des familles brisées, un traumatisme national. De loin, mon cœur s’est serré. J’aurais voulu être là, même si je n’aurais servi à rien. Une souffrance m’a transpercé, mes pensées se sont figées sur toi, tes habitants.

On cherche des coupables. Les politiques, la société privée qui gère l’autoroute. Il aurait fallu faire ci, ou ça, plus tôt… Toujours si facile après.

Bien sûr, ce drame doit servir d’alarme. L’Italie se laisse vieillir. La belle endormie doit se réveiller, se rénover, pour retrouver toute sa beauté.

Toi, Genova, tu vas panser tes plaies. Tu es forte, tu vas te relever et continuer à avancer avec fierté.

Mon ami « Rafa »

Rafael Nadal a remporté Roland-Garros. Tête de série numéro 1, il a survolé le tournoi 2018, ne perdant qu’une manche. Onze sacres en quatorze éditions. Une habitude qui ne doit pas diluer la valeur de l’exploit. Ses trois absences : 2009, 2015 et 2016. Dans l’ordre, Soderling (en huitièmes de finale), Djokovic (en quarts) et son corps (abandon au 3e tour) ont stoppé son hégémonie. On a eu le fougueux taureau de Manacor à ses débuts, en bermuda et polo sans manches. On a désormais le posé trentenaire des Baléares, cheveux plus courts, tenue classique et sourire omniprésent. Son oncle Toni est toujours à ses côtés. Carlos Moya a rejoint, en 2017, un staff d’amis fidèles.

Son jeu a aussi évolué avec le temps, au gré des blessures. Toujours excellent en défense, le gaucher sait davantage abréger les points, varier les effets. Il a gardé son pont fort, le coup droit (notamment lasso) et a amélioré son revers, sait venir au filet, pour devenir un joueur complet.

D’ailleurs, Rafael Nadal, ce n’est pas que Roland-Garros et la terre battue. Il a aussi été le roi de l’Open d’Australie (1), de Wimbledon (2) et de l’US Open (3). Dix-sept couronnes du Grand Chelem (2e dans l’histoire). Et quatre Coupe Davis. Et deux médailles d’or aux Jeux Olympiques (en simple en 2008 et en double en 2016, avec Marc López).

RN Versus RF

La légende de Nadal se nourrit également de sa rivalité avec Roger Federer. L’une des plus belles de l’histoire du sport. 20 titres du Grand Chelem pour le Suisse, 37 à eux deux depuis 2003 et neuf finales (6 à 3 pour l’Espagnol) souvent sublimes. Comme celle de l’Open d’Australie 2017, qui marquait le retour des deux aux cimes du tennis.

Une opposition de style. Le talent contre le travail. Chacun son camp. Comme l’équipementier à la virgule, j’ai décidé de ne pas choisir. Pour caricaturer, je suis autant admiratif de la classe de Federer que de l’abnégation de Nadal. Les deux ont su se réinventer pour revenir au sommet alors que les deux challengers qui se sont immiscés dans l’histoire éprouvent des difficultés : Djokovic se cherche et Murray est porté disparu.

Les deux champions sont devenus amis, rendant ce duel encore plus beau. Alors que les footballeurs Ronaldo et Messi, par exemple, sont dans un respect entremêlé d’ignorance. Ou chacun regarde le salaire de l’autre pour demander une énième augmentation.

Yannick Noah (« la potion magique » en 2011 dans Le Monde) ou Roselyne Bachelot (en 2016 à la télévision) ont évoqué le dopage, pour expliquer les performances de Nadal. Ils ne sont pas les seuls… Il n’a jamais été pris. Donc comme pour les autres, dans tous les sports, optons pour la présomption d’innocence.

Nadal en vrai

Nadal m’a accompagné alors que je révisais mon baccalauréat (merci, pour le 14 en Espagnol), puis il a garni mes mois de juin d’étudiant. Prendre de ses nouvelles est une bonne raison de faire un pause au travail, désormais.

Surtout, j’ai vu « Rafa » sur le court. Deux jours d’affilée, lors du tournoi de Rome, en mai 2018. Il a battu Djokovic en demi-finales et Zverev en finale. Deux générations, deux styles. Les deux parties ont été accrochées par moments, mais l’Espagnol a toujours pris le dessus avec calme et autorité.

L’observer est envoutant. Le voir sur sa chaise, avec ses bouteilles ; éviter les lignes blanches lorsqu’il regagne le terrain ; avoir deux serviettes, une de chaque côté pour s’éponger après chaque point, même un ace ; nettoyer la ligne de fond de court à la fin d’un jeu ; sa routine au service ; sa façon de serrer le point, de s’encourager. Certains se moquent de ses « tocs », je trouve au contraire admirable de garder ses habitudes, pour être dans son monde, malgré les quolibets, imposer son rythme sur le court et entre les points, malgré les remarques.

Et après, le voir consoler sa victime, remercier le public en italien avec une gentillesse qui semble si sincère, répondre aux questions avec modestie.

On lui promettait une carrière courte. A 32 ans, il est numéro 1 mondial. Sera-t-il toujours là dans 4 ans, comme Federer qui sait se gérer pour régner encore à 36 ans ? Peut-être pas. Alors, profitons de ses matches, de ses victoires, de ses paroles. Après lui, le tournoi de Roland-Garros sera sans doute plus indécis. Mais peut être aussi plus insipide.

La liberté

La liberté : un mot, une devise, un droit.

Il parait qu’elle s’arrête où commence celle des autres. Elle s’arrête surtout là où chacun le souhaite. La société impose des règles, des devoirs, des normes. Il faut faire comme ci, penser comme ça. Dès l’enfance. Bien sûr, chacun ne peut pas faire ce qu’il veut sans impunité. Cependant, il est fortement conseillé de rentrer dans des cases : à l’école, puis au travail, sous peine d’être jugé, voire rejeté.

Moi même, longtemps, j’ai respecté ce schéma. Être gentil, sourire aux voisins, faire plaisir à mes professeurs, rechercher la fierté de ma famille. Vous avez vu, j’ai eu une bonne note. Vous avez vu, j’ai passé la tondeuse. Vous avez vu, j’ai eu une mention au baccalauréat. Vous avez vu, j’ai un CDI. L’enfant modèle, qui devient un adulte modèle, en apparence.

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A force de suivre cette ligne droite, on n’y voit plus si clair. Comme sur l’autoroute, au bout de plusieurs heures, avec le régulateur de vitesse bloqué à 130. On somnole, on s’interroge. Ai-je vraiment envie d’arriver à destination à l’heure ? Et si je prenais plutôt des routes secondaires ?

Car, au fond, la réussite professionnelle et familiale, la situation sociale, est-ce le plus important ? Pour beaucoup, oui, sans doute. Et s’il en découle du bonheur, tant mieux. Le CDI, le mariage, la maison pavillonnaire, les deux enfants, le chien, les locations de vacances entre amis… Allez-y, servez-vous.

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Seulement, on peut aussi aspirer à autre chose. Sortir des cases. Prendre des risques, échouer, se relever, voyager, rencontrer, s’amuser, dépenser, s’inquiéter, s’isoler… Parfois blanc, parfois noir, souvent gris : la vie. On n’en a qu’une, elle passe vite, peut s’arrêter du jour au lendemain. Celle des autres, la vôtre, la mienne. Alors, autant rechercher son propre paradis sur terre. Ne pas rêver sa vie, mais vivre ses rêves. Facile à asséner, plus compliqué à appliquer, pour moi le premier.

Et ce qu’en pensent vos « proches »? Ceux qui vous aiment, comprennent toujours. Les autres, qu’importe. Car l’enfer, c’est les autres.

Perché l’Inter ?

En France, l’étiquette de « footix » est collée dès que l’on se dit supporter de plusieurs équipes ou d’un club de football étranger. Certes, la culture foot en France est très en deça des pays voisins. On change de couleurs en fonction des dominations (Lyonnais dans les années 2000, Parisiens désormais), on supporte le Barça parce qu’il y a Messi… Et, effectivement, croiser une personne avec le bas de survêtement de Manchester United et le haut du Real Madrid, par exemple, est assez exaspérant. Même si, bien entendu, chacun est libre. Et que je suis mal placé puisque je soutiens le FC Internazionale Milano.

Alors, avant un procès en footixerie (que j’accepte), je tiens justement à démontrer que le critère géographique n’est pas toujours prioritaire dans l’attachement. Pour une équipe sportive comme pour une personne, d’ailleurs. On n’aime pas forcément ses voisins alors qu’on peut avoir des amis à l’autre bout du monde, que l’on voit rarement.

Un maillot

Donc, perché l’Inter? Je ne vais pas revenir sur mon attachement familial et sentimental à l’Italie. Ma grand mère m’a offert un maillot nerazzurro lorsque j’avais 5 ans. Mon premier maillot de football d’un club. Un choix dicté par le hasard (ou le destin, peut-être). Elle avait demandé au vendeur le maillot d’un club italien, elle l’a trouvé beau avec les rayures bleues et noires ; l’Inter est alors entré dans ma vie. Et un lien s’est créé. J’ai commencé à suivre les résultats tout en usant ce maillot à m’imaginer footballeur professionnel (Ah, les rêves d’enfance).

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Pendant mon adolescence, par la proximité, j’ai surtout fréquenté le stade Chaban-Delmas (ex parc Lescure) de Bordeaux, alors l’Inter était au second plan. Mon jardin secret, toujours dans un coin de mon coeur, bien au chaud. A m’extasier des exploits de Ronaldo, à fulminer devant les succès du rival, l’AC Milan. Et puis les Nerazzurri ont eu leur période faste, aidé par le Calciopoli qui a notamment fait tomber la Juve en Serie B. 5 scudetti de suite et une saison historique en 2009-2010 ponctuée par le Triplete (Serie A, Coppa Italia et Champions League) qu’aucune autre formation italienne n’a jamais réalisé. Bref, des hauts, des bas, des frustrations (c’est dans l’ADN de ce club).

Une histoire

L’Inter, c’est aussi une histoire. Fondé en 1908 par des dissidents du club de Milan (ancêtre de l’ACM) pour permettre aux étrangers de jouer, ce qui leur était refusé. Une période difficile sous le fascisme – le club n’ayant pas les faveurs du pouvoir – et un changement de nom (Ambrosiana en hommage à Sant’Ambrogio, le saint patron de Milan) de 1928 à 1945.

La révolution Herrera (avec deux Coupes des clubs champions en 1964 et 1965), et un trio de joueurs défensifs ayant marqué les époques : Facchetti, Bergomi, Zanetti. Et la famille Moratti à la présidence dans les périodes fastes : Angelo de 1955 à 1968 puis son fils Massimo (1995 à 2013). Désormais sous pavillon chinois (comme l’AC Milan), l’Inter est en reconstruction. Ce qui n’empêche pas d’avoir la meilleure affluence en Serie A, le championnat italien.

Un stade

L’Inter, c’est aussi un stade, partagé avec l’AC Milan : le mythique San Siro (ou Giuseppe Meazza, son nom depuis 1980 en hommage à l’ancien attaquant). D’ailleurs, mon affection pour ce club s’est accélérée en 2015. Premier match à Meazza. Le stade, un joyau, l’ambiance, un spectacle. Son surnom de la Scala del calcio n’est pas usurpé. Je suis réellement devenu tifoso!

Depuis, j’y ai pris mes habitudes, vivant même le derby de la Madonnina à deux reprises lors de la saison qui s’est achevée. J’ai poussé la passion à aller encourager l’Inter lors de son dernier match à Rome, face à la Lazio, décisif pour la qualification en Champions League. Une folle soirée, dans la lignée de ce club, surnommé Pazza Inter, folle Inter (et son hymne Amala, pazza Inter, qui me donne des frissons avant chaque match).

Je revendique donc le droit d’être supporteur exclusivement de ce club, même si je suis souvent à 1000 km de Milan (mais à seulement 1h40 d’avion). Chacun ses passions, ses contradictions, ses amours. Allora, per me, c’è solo Inter.

Sunshine Blogger Award

Le Sunshine Blogger Award (que j’ai découvert très récemment), c’est une manière de donner la parole aux blogueurs et blogueuses à travers des questions pour sortir de leur univers et parlez d’eux.
Le principe : la personne nommée doit répondre à 11 questions et poser à son tour 11 nouvelles questions à 11 blogueurs et blogueuses.  Mon blog étant tout nouveau et ayant passé très peu de temps dans cet univers, je me nommerai personne (bouh). Mais je poserai onze questions à la fin. Et si tu as envie de répondre, et bien je te nomme d’office 😉
Je remercie Arzu pour sa nomination au Sunshine Blogger Award. Et surtout, foncez sur son blog venivedivenise parce que ses articles sont excellents dans les divers thèmes (voyages en solo pour les femmes, Italie, freelance…) qu’elle aborde. Et surtout, en plus de bien écrire, elle est sympa, joviale, pleine de bons conseils.

Voici mes réponses à ses questions.

1 D’où vient le nom de ton blog ?

Un jeu de mot avec mon nom, sa définition italienne. Et ce blog étant « mon canal de diffusion », è Canale mio, come Canale 11 per esempio.

2 Quel article as-tu préféré écrire jusqu’à maintenant ?

Mon blog est très récent mais « Perché Italia? » m’a fait du bien, replonger dans des souvenirs.

3 Comment t’organises-tu pour rédiger tes articles ?

Quand j’ai le temps et l’envie, je me lance. J’écris tous les jours dans mon travail, avec des contraintes parfois. Donc je vois ce blog comme une récréation, parler de mes passions, de mes activités, d’une humeur, sans contrainte… J’écris très vite. Un premier jet que je peaufine ensuite. Comme dans ma profession, en fait. Je crois en l’inspiration et au travail. Donc l’un après l’autre.

4 Aime-tu voyager en solo ? Pourquoi ?

J’adore. Je me sens libre. Ce n’est pas de la misanthropie, mais j’aime me retrouver en tête à tête avec moi-même pour réfléchir et faire ce dont j’ai envie. Rencontrer des personnes. Ou pas. Bouger. Ou pas.

5 Es-tu plus sac à dos ou valise ?

Plutôt valise. J’aime le confort, un lit douillet plutôt qu’un sac de couchage.

6 Apprends-tu quelques mots dans la langue du pays à chaque fois que tu voyages ?

Certo! Je voyage principalement en Italie, pays de mes origines, et je progresse ainsi dans cette magnifique langue. Mais j’ai encore du chemin à faire à l’oral.

7 Quelle a été ta plus grande surprise (positive ou négative) en voyage ?

Je me suis découvert une capacité d’adaptation rapide que je n’avais pas en France, où j’avais besoin de repères. Désormais, très vite, je me sens bien, je prends mes marques. Je n’ai pas peur d’arriver dans une nouvelle ville, sans plan ni infos. Le matin, je prends le train et je visite, à mon rythme.

8 Si tu ne devais voyager que sur un seul continent, lequel choisirais-tu ?

L’Europe car je n’ai pas une attirance pour les pays lointains, même si découvrir le Japon, l’Inde ou le Brésil par exemple ne me déplairait pas. Je préfère « mon » Italie, si vaste, si riche, si belle. J’aime aussi aller en Espagne de temps en temps. Je ne voyage pas en France en revanche.

9 Pourrais-tu vivre dans l’un des pays où tu as voyagé ? Pourquoi ?

Je pourrais et j’aimerais vivre en Italie. L’avenir le dira. Mais comme on est maître de son destin…

10 Quelle est ta destination de rêve ?

La Lombardie. Sa capitale, Milan. Ou Bergame pour le côté cocon (je vois cette ville comme ça, calme, douce) et sa magnifica città alta. Il faut vivre ses rêves, ce que je fais souvent 🙂

11 Quel est ton meilleur conseil voyage ?

Ne pas trop préparer son voyage. Il faut quelques infos, des adresses mais il faut surtout laisser une part à l’inconnu. On s’immerge réellement dans une culture en sortant des tracés touristiques (plein de touristes, forcément) au profit d’endroits peut-être moins « cotés » mais plus authentiques. Rater un musée, une place. Et alors? N’est-ce pas plus agréable de côtoyer des locaux, dans un petit jardin, un bar, une ruelle?

Alors, comme expliqué au début, je triche et je ne nomme personne plutôt que 3, 4 noms. Désolé de rompre la chaîna. Mais allez-y en commentaires ou sur votre blog si vous souhaitez répondre à mes questions.

1 Pourquoi avoir créer un blog ?

2 Combien de temps y passes-tu par semaine?

3 Quel est le sujet qui te passionne en priorité, à l’écrit et en lecture?

4 Un livre, un film ou une chanson qui t’as profondément marqué?

5 Tu voyages combien de semaines par an en moyenne?

6 Si tu devais emmener un seul objet sur une île déserte ?

7 Si tu devais vivre dans une ville ou pays que tu as visité? Et pourquoi?

8 Suis-tu l’actualité de ton pays lorsque tu voyages à l’étranger?

9 Un animal, un objet ou un symbole qui te caractérise ?

10 La première chose que tu fais lorsque tu arrives sur ton lieu de vacances?

11 Des vacances réussies, c’est…

Au plaisir de te lire, d’échanger.

A bientôt

Perché l’Italia ?

Une explication liminaire s’impose. Oui, pourquoi cet attachement à l’Italie, qui sera prégnant lors des prochains articles ? Des origines étrangères ne suffisent pas à faire naître un sentiment d’appartenance. C’est un début, comme passer ses étés chez des grands parents fiers de leurs origines, toujours intéressés par l’actualité de l’autre côté des Alpes, à écouter de la musique italienne, à cuisiner à l’italiana (ah les gnocchi maison, les pâtes du dimanche, les gâteaux…), à soutenir les équipes en Azzurra lors des évènements sportifs. Et quand, en plus, ils vous aiment comme des grands parents italiens (comme si vous étiez merveilleux, à vous gâter d’attention), « l’italianité » s’installe.

Surtout que votre mère, élevée dans cette atmosphère, est una vera « mamma italiana », très présente (mais respectueuse de l’intimité) et trop aimante, à se sacrifier pour vous chaque seconde, à croire que vous pouvez tout réussir. Un amour qui fait déplacer des montagnes, même aussi majestueuses que les Alpes. Du coup, on se surprend à réussir ce que l’on pensait inaccessible, pour elle, grâce à elle.

Donc on s’intéresse au Bel Paese, on est heureux lors de la finale de la Coupe du monde 2006 (si, si, même de la provocation de Materazzi). Et puis, quand on commence à gagner de l’agent, on offre un voyage à sa mamma sur les traces de ses origines. L’acte fondateur de l’homme que je suis. 7 jours à Rome. Mes meilleures vacances. Les siennes aussi, j’espère. On a recommencé, découvrant plusieurs régions. Des moments magiques, uniques. Solo lei, me e l’Italia.

Perché mamma

En ce jour de la fête des mères (en France. En Italie, c’était le 13 mai cette année), les souvenirs remontent. Le manque aussi. Ces derniers mois, j’ai continué à voyager en Italie. Une thérapie, un échappatoire, de la nostalgie… un peu de tout ça. J’y suis allé beaucoup (trop, pense la majorité de mon entourage), passionnément, car j’aime ce pays à la folie.

  • Ses habitants, parfois exubérants, déconcertants (notamment politiquement), mais tellement accueillants et souriants.
  • Sa langue, si chantante, que je ne désespère pas de maîtriser à l’oral.
  • Ses paysages, si majestueux avec un héritage historique incroyable.
  • Sa nourriture, si riche et diversifiée (il n’y a pas que la pasta et la pizza, je vous en reparlerai).
  • Son calcio, si passionné et passionnant. La seconde religion dans ce pays si croyant et aux églises magnifiques.

Alors, certes, j’ai un passeport français, je parle français, je travaille en France, mais ma tête est en Italie et mon sang est azzurro.

Italia, ti amo

Bienvenue

Ciao,

Je suis heureux de vous accueillir sur mon site. Il n’a aucune prétention, sinon partager avec vous mes passions.

La ligne éditoriale sera donc large, aucun interdit, aucune obligation, juste des articles en fonction de mes envies, mes humeurs. La plupart traiteront des voyages et du sport. Deux centres d’intérêt que j’assouvis souvent en Italie, le pays de mes origines et de mon coeur (le Duomo de Milano en photo). Il pourra aussi y avoir des billets personnels, sérieux ou frivoles sur d’autres thèmes qui m’intéressent : cinéma, littérature, médias…

Pour le nom, c’est un jeu de mot entre mon « cognome » et sa définition en italien. Et comme ce site est mon canal personnel d’expression, ça donne « canale mio »!

N’hésitez pas à commenter, à me poser des questions, partager vos expériences, ou même à me proposer des sujets que vous aimeriez retrouver ici.

Allora, benvenuto e a presto.

Cédric