La Super League et la Super hypocrisie

La Super League est née. Ce serpent de mer qui tournait dans les eaux du football européen depuis des années a pris forme avec un communiqué, un site internet et toute la communication de ses parents. Douze géniteurs de trois pays ont officialisé cette nouvelle compétition. Je ne reviendrai pas sur la formule, semi-fermée, avec cinq invités, une orgie de matches en milieu de semaine. De toute façon, le football n’est pas au centre de cette guerre. Non, le foot, ils s’en foutent. Tous.

La crise du Covid a sans doute fait accélérer le processus. Tous les clubs sont en difficulté financière, ces puissants ont des bilans dans le rouge vif et n’ont plus le temps d’attendre, n’ont plus l’envie de se confronter à l’inconnue sportive. Enième moyen de pression pour obliger l’Uefa a leur laisser le pouvoir de la Ligue des Champions ou compétition actée dès aout 2021 ou 2022? Le doute peut encore être légèrement permis. Qu’importe l’issue, cette fronde laissera des traces à tous les niveaux. En premier lieu, les supporters, même des clubs concernés, semblent largement majoritairement contre. Et cela se comprend.

Ces douze salopards ont réussi l’exploit de faire passer l’Uefa et la Fifa pour des enfants de choeur, de pauvres victimes qui défendent le football romantique. Une vision morte et enterrée depuis des années avec leur grande contribution. 

Il s’agit désormais de sauver la Ligue des Champions avec des quatrièmes d’un championnat (comme Chelsea cette saison) en lice pour gagner une coupe créée pour rassembler les champions nationaux. Des changements successifs allant vers un élitisme jusqu’à cette formule suisse incompréhensible qui va remplacer les formats des trois coupes d’Europe à partir de 2024. Pas encore une ligue semi-fermée, certes, mais une étape de plus vers cette voie.

La Fifa voudrait interdire les joueurs participants à cette Super Ligue de disputer ses compétitions. Comme la coupe du monde des clubs élargie qui n’a pour objectif qu’ajouter des matches et donc de nouveaux revenus? Ou peut-être le Mondial au Qatar? Un autre bel exemple de romantisme dans le football moderne… Comme l’Uefa qui veut retirer l’organisation de matches de l’Euro à des pays incapables d’accueillir un peu de public à cause d’une pandémie mondiale…

A l’époque des réseaux sociaux, les rumeurs en tous genres ont circulé dès l’annonce. Suspension des coupes d’Europe, exclusion des frondeurs des championnats nationaux et relégation en 5e division. Rien n’est vrai, en ce lundi 19 avril. La réponse juridique, au delà des communiqués pour montrer les dents, de l’Uefa et des ligues nationales suivra. Les clubs veulent continuer à jouer le championnat le week-end. Inconcevable? La Premier League, ligue la plus puissante, peut-elle se passer de six clubs? La Liga vivre sans son Clasico? La Serie A se relever sans la Juventus, l’Inter et Milan? J’en doute, au niveau économique, des droits TV et du merchandising. Tout se qui compte dans cette histoire. Pour la passion, il y aura toujours des supporters, des tifosi à Bilbao, Séville, Newcastle, Londres, Gênes, Naples…

Des voix politiques venant même du parlement européen se font entendre pour dénoncer cette compétition qui serait contre les valeurs. Pourtant, la théorie de la libre-concurrence. Pourtant, la pratique avec l’Euroleague de basket-ball qui est comparable, avec ses membres actionnaires et protégés puis ses invitations. La création ne s’est pas faite sans tensions, menaces, ni blocages temporaires, mais est arrivée à son objectif (et les clubs jouent le championnat national le week-end). Deux sports, deux échelles de valeurs? L’enfant passionné de basket n’a pas le droit d’avoir les mêmes rêves que le passionné de football? Mais la Superleague regarde davantage la NBA comme modèle. Etre présent sur tous les marchés du monde, toucher de nouveaux publics et donc de nouveaux marchés.

Je ne défends pas l’indéfendable. J’aurais préféré ne jamais voir ce monstre naître dans le paysage du football. Je nuance et reconnais qu’au moins, cette fois, avec un brin de cynisme, il n’y a pas de faux discours, de faux sentiments. Le football n’est plus un simple sport depuis longtemps. C’est un secteur économique à part entière, qui fait vivre, directement ou indirectement, des millions de personnes à travers le monde. Les évolutions successives sans toucher aux symboles comme la Coupe aux grandes oreilles ou l’hymne ont sans doute bercé les passionnés de football – moi le premier – que l’essentiel était préservé.

Rassurez-vous, ces douze clubs fondateurs, qui seront quinze, ne veulent pas confisquer le football. Juste les ressources financières. Ils jugent être les locomotives et doivent donc avoir les principales retombées du système. Dans les premiers communiqués, l’argent a été mis en avant avec 3,5 milliards d’euros garantis tout de suite à se partager. La banque d’affaires américaine JP Morgan financera ce projet au delà des droits TV et merchandising à définir. La bourse a accueilli la nouvelle avec enthousiasme. Un capitalisme à outrance. Mais le football, le vrai, existera toujours. Vous pourrez ne pas vous abonner à Amazon ou Dazn (ou tout autre diffuseur), ne pas regarder, ne pas acheter les maillots. Et descendre en bas de chez vous taper dans le ballon, aller voir le club de votre ville, région, professionnel ou amateur. Moi, par exemple, depuis Milan, j’ai déjà l’AS Velasca pour garder le plaisir simple et convivial. On pourrait même retrouver des coupes européenne plus populaires, ouvertes. Chiche.

Le football est mort ? Vive le football. 

  • En Italie

Agnelli est judas, vraiment?

Andrea Agnelli est décidément un fin stratège. Si certains choix dans la gestion de la Juventus sont contestables, il a parfaitement joué le double jeu ces derniers mois, allez dernières années.

Car s’il n’est pas l’unique seul « responsable » de cette Super League, ni en Europe, ni en même en Italie, il était le chef de file des présidents de clubs européens négociant avec l’Uefa. Ainsi, après l’annonce de la création de la Super League, le président de la Juve a démissionné de la présidence de l’ECA et de son poste au comité exécutif de l’Uefa.

Après avoir oeuvré aux reformes de la Ligue des Champions et dialogué avec son «ami» Ceferin, président de l’instance européenne, il a claqué la porte sans préavis, comme les autres clubs dissidents.

Au niveau national, après avoir voté, comme les dix-neuf autres clubs, l’entrée des fonds d’investissements (CVC-Advent-Fsi) dans la media company de la Serie A (1,7 milliards d’euros contre 10%), il a changé de position en février et lancé une guerre contre Dal Pino, président de la Lega Serie A, sans jamais dévoiler la véritable raison, les pénalités prévues dans le contrat en cas de création de Super League… Des tensions allant aussi sur le terrain des droits TV, finalement attribués à Dazn, comme le souhaitait Agnelli et la majorité des puissants. Mais Agnelli, soutenu discrètement par l’Inter (alors que Milan est restée cachée depuis le début des guerres d’influence), a réussi a fédéré d’autres clubs dans cette lutte. La semaine dernière, sept clubs de Serie A ont officiellement demandé la démission de Dal Pino. Lazio et Napoli de Lotito et De Laurentiis, les plus vindicatifs sur les dossiers, mais aussi Atalanta, Fiorentina et Verona ont rejoint la cause. Qu’en pensent-ils ce matin? Ils semblent plus enclins à demander l’exclusion des trois du championnat que le départ du président de la Lega. La Juventus, l’Inter et Milan veulent continuer à évoluer en Serie A en parallèle de leur Super League. Possible? Préférable? Les prochaines semaines le diront. 

Personnellement, je ne vois pas de raison d’exclure les trois dès maintenant. La saison doit aller à son terme et être validée en l’état, en haut comme en bas. Parce qu’ils ont commencé un championnat avec les mêmes règles que les dix-sept autres, contribués au spectacle, pesés sur les résultats. Et puis, cette nouvelle compétition n’est pas encore créée. Enfin, elle l’est, mais pas active. Et si un accord est trouvé dans deux mois? Pour la saison prochaine et les qualifications européennes, l’été permettra d’éclaircir la situation aux niveaux juridiques et sportives.

Cette crise, faite d’individualisme et d’hypocrisie n’était pas souhaitable. Elle est là, l’avenir dira qui avait raison. Sportivement, sans doute personne… Financièrement? 

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