Inter Milano, un nouveau nom pour une nouvelle identité?

Le début d’année est agité dans la maison nerazzurra. Des couleurs, noir et bleu, qui sont les seuls piliers intouchables. Enfin, a priori. Car pour le reste… 

Ce lundi matin, la Gazzetta dello Sport, au milieu d’articles sur le succès 2-0 face à la Juventus, a annoncé que le club se préparait à changer de nom. Rien que ça. FC Internazionale Milano deviendrait dès mars Inter Milano avec un nouveau logo, stylisé, moderne, mettant en avant les lettres I M. L’objectif est d’être plus visible, tendance sur les marchés émergents. S’ouvrir à l’international en perdant son appellation « Internazionale ». Ce serait juste avant l’anniversaire, le 9 mars, jour de la création en 1908 du club. Ce fut au restaurant l’Orologio, près du Duomo, par 44 dissidents du club de Milan afin d’accueillir notamment des joueurs étrangers. Giorgio Muggiani, décréta : « cette nuit magnifique donnera des couleurs à notre emblème : le noir et le bleu sur le fond d’or des étoiles. Elle s’appellera Internationale, parce que nous sommes frères du monde. »

Tout le monde appelle déjà le club l’Inter mais le changer officiellement touche à l’origine, à l’histoire, à l’orgueil de ses tifosi. Ce n’est pas anodin, même si la société devrait garder juridiquement l’appellation historique. Le nom a été changé seulement de 1928 à 1945 en Ambrosiana (1928-1932) puis Ambrosiana-Inter sous la contrainte du régime fasciste (ainsi qu’une fusion avec l’US Milanese, le troisième club de la capitale lombarde). La chute du régime permit le retour du nom originelle. Ce fut suivi par l’emménagement au stadio San Siro en 1947, devenu la maison des deux clubs de la ville (Milan y jouait depuis 1926) et rebaptisé Giuseppe Meazza en 1980. 

Justement, les dirigeants de l’Internazionale travaillent depuis deux ans avec ceux de l’AC Milan à la réalisation d’un nouveau stade, à quelques mètres de l’actuel et légendaire San Siro. Une zone d’activité commerciale moderne avec au milieu des hôtels, magasins et jardins un stade de 60 000 places. Le chantier dépasse le milliard d’euros (600 000 euros pour chaque club) et suscite des réticences, au sein même de la municipalité, alors que Milan accueillera avec Cortina les Jeux Olympiques d’hiver 2026 et que San Siro est prévu pour la cérémonie d’ouverture. La crise liée à la pandémie mondiale du Covid a ralenti le calendrier mais deux projets ont été choisis et les clubs espèrent le voir sortir de terre rapidement pour augmenter leurs recettes et suivre le train du football business. 

Après des années post-Triplete ternes, l’Inter retrouve sa place sur l’échiquier international. Trois campagnes de Champions League de suite, une finale d’Europa League (perdue en août 2020 contre Séville) et surtout des revenus en hausse pour se replacer dans le Top 15 européen et numéro 2 italien derrière la Juventus (selon l’étude Deloitte). Des Bianconeri qui ont changé de stade (2011) et de logo (2017) accompagnant leur mainmise sur le championnat italien (neuf scudetti de suite depuis 2012).

Une renaissance nerazzurra initiée par Suning. Le groupe chinois a investi 712 millions d’euros depuis le rachat en juin 2016 entre les actions de Thohir et Moratti (128 millions), une augmentation du capital (142 millions), trois tranches d’un prêt (336 millions) et des contrats commerciaux (159 millions), récupérant juste 53 millions d’euros entre remboursements et intérêts). Mais après une hausse des recettes (de 274 millions en 2016-2017 à 377 millions en 2018-2019), la crise a inversé la courbe et creusé le déficit (311 millions avec 102 millions de pertes sur le bilan de 2019-2020). Les versements de plusieurs mois de salaires des joueurs et du staff ont été repoussés (la Fédération fera un contrôle à la mi-février, si le club n’est pas à jour, il pourrait être pénalisé), comme des paiements de transferts. L’Inter est loin d’être la seule société sportive dans cette situation. Surtout, après avoir démenti une cession du club par la voix du président Steven Zhang, l’administrateur délégué Giuseppe Marotta a reconnu que « Suning examine les opportunités dans l’intérêt de l’Inter ».

Changement de propriétaire ? 

Le mastodonte chinois est contraint de réduire la voilure. Le sport, surtout à l’international, n’est plus une priorité du gouvernement chinois. « Ce serait un gros mensonge de dire que nous ne nous en soucions pas, a reconnu l’entraîneur Antonio Conte au micro de Sky après la victoire contre la Juve. Mais j’ai été clair avec les joueurs, nous devons juste travailler. J’espère que la situation pourra être résolue de la meilleure façon. Je savais déjà depuis le mois d’août qu’il y avait des problèmes, ils continuent d’exister et nous espérons que tout va bien et ira bien pour le bien de l’Inter et pour nous. » Des problèmes entraînant notamment un mercato gelé et une accélération des tractations. 

Suning possède 66,95% du club (le fonds privé de Hong-Kong Lion Rock a les 31,05% restants) et évalue l’ensemble aux alentours du milliard d’euros. Le premier candidat à un rachat serait le fonds anglais Bc Partners. Selon plusieurs médias italiens, il serait même en négociation exclusive (avec date limite) sans exclure aucune formule, que ce soit une entrée minoritaire (40%?), un rachat de la majorité ou un parcours progressif vers un contrôle total. La Repubblica a expliqué que d’autres fonds ont marqué un intérêt comme Eqt (Suède), Arctos Sports Partners (Etats-Unis), Ares Management Corporation et Temasek Holdings (fonds souverains de Singapour). Une Super League européenne ou au moins une réforme de la Champions League en 2024, la media company de la Serie A avec des fonds ayant acheté une part, mais aussi l’histoire du club et la ville de Milan sont des arguments alléchants pour des fonds.

Plus que le nom, le logo ou même le stade, l’avenir de l’Inter se joue sur ce terrain : l’identité de son propriétaire. De nombreux clubs ont connu des déboires en changeant de mains. Suning semblait avoir les atouts pour accompagner la croissance du club. La crise et la politique ont changé les perspectives. 

Même en cas de vente rapide (ce qui n’est pas sûr), un bout de Chine pourrait rester à l’Inter. Evergrande serait favori pour remplacer Pirelli sur les maillots selon la Gazzetta dello Sport. Présente depuis 1995, la société milanaise de pneumatiques va en effet laisser sa place la saison prochaine à un groupe disposé à augmenter sensiblement la contribution financière. En 26 ans – un mariage rare dans le monde du football -, Pirelli est devenu un bout de l’identité moderne du FC Internazionale Milano. Il ne restera vraiment que les couleurs…

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