Francesco Totti se raconte dans un documentaire et c’est réussi


« Mi chiamo Francesco Totti ». Un titre qui résume tout. Pendant plus d’une heure et demie, l’emblématique capitaine et numéro 10 de la Roma se raconte à la première personne, lui qui se définit « timide » depuis l’enfance et n’a pas l’habitude d’accaparer les médias et les réseaux sociaux de déclarations et autres prises de position. Avant ce documentaire, il y eut un livre « Un capitano », écrit avec Paolo Condo en 2018, pour revenir sur ses souvenirs, sa vérité. Ce documentaire est son prolongement.

L’œuvre du réalisateur Alex Infascelli a eu droit à une présentation au festival du film de Rome, avant trois journées « événements » dans les cinémas du pays (19 au 21 octobre). En sortant de la salle, ce mardi après-midi, le sentiment est largement positif. Bien sûr, c’est à la gloire du joueur, qui n’a pas de contradictions, mais n’élude pas certains moments plus délicats.

Déjà, Totti n’a pas cherché à poser sa voix. Au contraire, son accent romain transpire à chaque parole, son naturel aussi, presque comme s’il était dans la salle avec nous, à commenter tranquillement les images de sa vie. Les archives sont le point fort de ce documentaire qui s’ouvre avec le piccolo Francesco à la plage avec ses parents, et ce « tiè, regarde comment maman était jeune ». Les images de ses matches en jeunes, de ses exploits en professionnel mais aussi des moments intimes de sa vie s’enchaînent, accompagnés de ses témoignages. On ne tombe pas dans le pathos grâce à l’écriture du réalisateur romain (récompensé pour plusieurs oeuvres comme Almost Blue ou S is for Stanley) qui a su bonifier cette riche matière.

On parcourt toute sa carrière, dès ses premiers faits d’armes en jeunes sous les couleurs de Lodigiani « la seconde équipe de Rome, parce que la Lazio est la troisième », glisse-t-il. A 12 ans, il a le choix entre la Roma et la Lazio, qui semble favori. « Je viens d’une famille de Romanisti. Si j’avais choisi la Lazio, on m’aurait dit au revoir pour toujours ». Il dira juste au revoir à une vie normale, comme il l’a détaillé à Vanity Fair Italia dans un très long entretien paru cette semaine pour promouvoir la sortie du documentaire. “La route d’un footballeur est pleine de solitude parce qu’elle est extérieure à la réalité et parallèle à la vie quotidienne des autres. Tu commences jeune à voyager, dormir seul au vert, à manger différemment. Ça semble de petites choses mais qui te changent mentalement.”

Totti, habitué de la Curva Sud depuis l’enfance, a découvert la Serie A à 16 ans aux côtés de Giuseppe Giannini. « Il Principe » de Rome, est d’ailleurs venu lui faire une surprise à la fête d’anniversaire de ses 18 ans. Il aura la succession de son numéro 10 puis son brassard, pour devenir « il Re » de Rome.

Il a grandi comme footballeur et homme grâce à Mazzone et Zeman, moins grâce à Bianchi, avec qui il aura ses premiers rapports conflictuels avec un entraîneur. On navigue ainsi dans ses souvenirs, buts à l’appui. Le scudetto sous Capello en 2001 avec Montella et Batistuta à ses côtés, un an après la secousse à Rome du titre remporté par la Lazio. Et puis la Coupe du monde 2006, alors qu’il revenait d’une rupture du péroné (février). Lippi était venu lui parler à Rome avant de dévoiler la liste. Il insiste sur le penalty contre l’Australie, ces « 20 secondes » d’angoisse alors que l’Italie est à 10, avant de tirer et d’envoyer la Squadra Azzurra en quarts de finale d’un parcours achevé par un sacre à Berlin face à la France.

Romanista et Romain pour toujours, « qu’est ce tu es belle Rome », dit-il. Mais il y eut « les doutes » lorsque le Real Madrid l’avait érigé en priorité. Il prolongera finalement à la Roma et verra son « frère » Antonio Cassano s’engager avec le club espagnol.

Sa rencontre avec Ilary Blasi, star de la tv, n’est pas éludée, au contraire. On voit une sortie au cirque ensemble ou encore le mariage en 2005, diffusé en direct à la télévision, avec une foule monstre devant l’église, la naissance des enfants… Totti livre aussi sa vie privée qui se conjugue parfois avec le football, comme lors du derby en mars 2002 (5-1) avec un t-shirt « 6 unica » sous son maillot. Il a longtemps hésité sur le mode de lui adresser un message. Il a signé trois passes décisives pour Montella, avant de marquer « le plus beau but » de sa carrière et enfin libérer son cri du coeur pour Ilary. Plusieurs fois, il rapporte l’avis de sa femme dans ses choix ou dilemmes, presque comme un mentor.

Les anecdotes défilent jusqu’au dernier jour de sa carrière de footballeur, le 27 mai 2017. Les mois précédents furent pesants. Pourtant, en janvier 2016, lorsque Luciano Spalletti effectua son retour sur le banc de la Roma, Totti était heureux de pouvoir finir sa carrière avec « un ami ». Un rapport de confiance né lors du premier passage du technicien sur le banc de la Louve (2005-2009). Ce fut « un cauchemar », dès le premier jour, le capitaine a senti que « le rapport avait changé ». La rupture définitive interviendra dès le 21 février 2016. Spalletti ne convoque pas Totti pour le match contre Palerme, suite à une interview du joueur au journal télévisé de la Rai demandant « respect et clarté », alors que son temps de jeu est faible. Totti viendra à l’Olimpico, poussé par Ilary. Il sera ovationné par les tifosi – qui siffleront Spalletti -, puis reviendra en jeu, les rencontre suivantes, quelques minutes ici ou là. Le doublé en deux minutes et deux ballons touchés contre le Torino (3-2, avril 2016) aurait pu être la fin. Il prolonge d’une saison sans trouver davantage d’espace jusqu’à une sortie unique. Après le match, on ressent l’émotion alors qu’il est seul sur des marches dans le sous sol de l’Olimpico. De longues secondes, le regard perdu, avant d’entrer sur la pelouse sous l’ovation et une haie d’honneur de ses partenaires, jusqu’à tomber dans les bras d’Ilary (arborant un maillot 6 unico) et leurs trois enfants.

Les larmes de tout un peuple qui répondent à une question qu’il se pose au coeur du récit : « Mais je me dis : est-ce que ce sera possible un jour dans ma vie que personne ne m’arrête pour me demander un autographe. Avant que je ne meure, pourrais-je sortir sans que personne ne me dise rien? Selon moi, non… » Non, parce que tu t’appelles Francesco Totti.

Mi chiamo Francesco Totti, documentaire d’Alex Infascelli. Produit par The Apartment e Wildiside avec Capri Entertainment, Vision Distribution e Rai Cinema.

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