L’échec est la mère du succès. Même pour Conte ?

La défaite, l’échec, la chute… Les penseurs, philosophes, écrivains, artistes mais aussi sportifs n’ont eu de cesse, au fil du temps et des péripéties de leur vie ou de celles d’autrui, de poser des mots sur ces maux qui puisent leur source à la même racine. De l’espoir de vaincre au désespoir de perdre, ce concept abstrait prend tout son sens, tout son poids, lorsqu’il vient heurter votre quotidien.

Les citations pullulent. Un petit florilège pioché ici ou là.

“La chute n’est pas un échec. L’échec, c’est de rester là où on est tombé.” Socrate

“Il ne peut y avoir d’échec pour celui qui continue la lutte.” Napoléon Hill

« Le succès modifie les gens tandis que l’échec révèle qui ils sont vraiment » Mark Twain

« Le succès n’est pas final, l’échec n’est pas fatal, c’est le courage de continuer qui compte” Winston Churchill

Moi, comme vous peut-être, j’ai connu l’échec et la remise en question. Ces moments de doute sur le chemin à suivre et ces questions lancinantes en tête. Où, quand, que, pourquoi? Quand ce n’est pas : Mais, ou, est, donc, or, ni, car.

Ou encore « Pour gagner, il faut accepter de perdre », Luis Fernandez.

Et surtout: “Dans la vie, toutes les réussites sont des échecs qui ont raté”, Romain Gary.

Car, oui, perdre fait naître le doute alors que gagner conforte ses idées. Le danger est justement là. Il faut douter de tout, tout le temps, surtout quand tout va bien.

L’inspiration pour poser ces quelques propos m’est venue après la finale d’Europa League, exactement le lendemain matin dans un train. Les doutes n’étaient pas en moi, simple tifoso nerazzurro seulement déçu par le résultat (d’accord, j’ai difficilement trouvé le sommeil) avant de continuer ma vie et mes vacances. Peut-être y avait-il un renvoi inconscient sur des épisodes passés pas si lointains?

Surtout, pour la partie consciente, la réaction d’Antonio Conte, juste après la défaite, une nouvelle fois prompt à mettre un pied à l’extérieur du projet, m’a fait réfléchir. Son ressentiment n’est pas lié au résultat. La simple suite de ses propos du 2 août à la fin du championnat.

« Mon travail ou celui des joueurs n’a pas été reconnu et j’ai vu très peu de protection de la part du club. Quand vous voulez gagner vous devez être fort sur et en dehors du terrain. A la fin de l’année nous parlerons au président et nous ferons les évaluations. Quand les gens montent dans le wagon, il faut toujours être dedans, dans les moments positifs et négatifs. A l’Inter cela n’a pas été le cas. Je pensais avoir plus de protection mais ça ne s’est pas fait. »

Peut-être aurait-il même officialisé son départ avec un trophée entre les mains et la bonne médaille autour du cou. L’entraîneur a une nouvelle fois stigmatisé pubbliquement l’atmosphère, les difficultés, sans citer certains dirigeants ou faits qui ont effrité sa motivation, sa foi qui s’approche du mystique.

« Il n’y a aucune rancune. Ce fut un voyage beau mais difficile, à tous points de vue. Je sais que je ne veux pas passer une autre année de cette façon. »

Des propos laissant penser qu’il pourrait quitter le projet après une seule année, alors qu’il s’est engagé pour trois saisons avec un salaire à la hauteur de la confiance placée en lui (11 millions par an). Abandonner serait un échec. Mais pour lui, s’adapter le serait aussi. Forces et limites d’une homme connu et reconnu pour son intransigeance.

Osons un parallèle. Jurgen Klopp est arrivé à Liverpool en octobre 2015. A la fin de cette première saison (tronquée), l’Allemand a perdu la finale de Ligue Europa contre Séville. Deux ans plus tard, en mai 2018, il était en finale de la Ligue des Champions. L’année d’après, il la remportait. Et il vient de ramener le championnat d’Angleterre à des Reds façonnés à son image.

Antonio Conte à l’issue de sa première saison vient de connaître la même défaite en finale de la même compétition, face au même adversaire. Peut-il espérer le même rebond? Oui, sur le papier. L’Inter retrouve la lumière après des années bien sombres entre la déliquescence post-Triplete avec la fin de l’ère Moratti puis le rachat par Thohir. La famille Zhang, fort de son groupe Suning, développe le club à tous les niveaux depuis la prise de contrôle. Les recettes sont en forte croissance (de 186 à 373 millions en 4 ans et entré dans le Top 10 européen des recettes commerciales avec 154 millions) et les résultats sportifs suivent cette trajectoire. La finale européenne et la deuxième place, à 1 point de la Juventus, viennent consolider l’édifice après deux saisons achevées in extremis à la quatrième place de Serie A. L’Inter va disputer la Ligue des Champions pour la 3e année de suite. Une première depuis la période 2004-2012 (8 campagnes de rang).

Dans les faits, au delà de l’aléa sportif, dans cette période où la pandémie de Covid-19 a entraîné une pause des compétitions et fragilisé l’économie, la saison à venir s’annonce incertaine sur bien des plans. Comme notre quotidien à tous.

Une raison pour abandonner nos projets? Il faut au contraire avancer sans peur. S’adapter? Peut-être. Pour Antonio Conte, ça s’est mal fini à la Juventus et précipitamment avec la Nazionale et Chelsea. Avec son ADN d’ex juventino et même de bandiera bianconera il a dû convaincre le peuple interiste de son implication sans faille pour la cause nerazzurra. Tous n’ont pas adhéré à son discours, ses idées, mais même la Curva Nord a fini par le soutenir publiquement alors qu’il mettait en cause le fonctionnement du club, le manque de protection et les fuites incessantes. Des taupes déjà déplorées par ses prédécesseurs Mancini ou Spalletti. Qu’attendre, alors qu’un sommet se prépare entre le président Steven Zhang, qui a félicité le staff et les joueurs pour la saison, et Antonio Conte? Révolution? Évolution? Du club? Du technicien? Malgré ces difficultés, Conte a plutôt été écouté sur les choix sportifs. Il a eu Lukaku et un mercato pour s’adapter à son schéma de jeu avec la recherche de pistons. Young et Moses en janvier pour finir la saison et Hakimi a déjà signé pour la prochaine.

A la Juventus et Chelsea, Conte avait gagné un trophée dès sa première saison. Cette fois, il n’y a que des deuxièmes places. « L’histoire est écrite par ceux qui gagnent » avait rappelé l’entraîneur avant la finale d’Europa League. Cette saison est donc factuellement un échec. Clore dès à présent son chapitre interiste laisserait un goût amer et pourrait conforter certains gros clubs à ne pas prendre le « risque » d’engager un technicien certe doué mais rigide, voire instable, prêt à mettre le feu à la moindre contrariété.

“Une période d’échec est un moment rêvé pour semer les graines du succès” dixit Paramahansa Yogananda. Alors oui, il est peut être temps d’accepter certaines contraintes pour continuer à changer les choses de l’intérieur avec patience et semer les graines manquantes d’un succès qui le ferait entrer dans la famille des plus grands. L’Histoire est en marche? En tout cas, il peut écrire son histoire à Milan ou ailleurs. Quoi qu’il arrive, avec ou sans lui, l’Inter continuera la sienne, avec l’ambition de retrouver un H majuscule, comme la grande Inter initiée par Herrera. Allez, une dernière citation pour finir : « L’échec est la mère du succès ». Proverbe chinois…

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