Voir Milan revivre (doucement)

Rejoindre Milan. Si facile en temps ordinaire, de partout, tout le temps. Économie, mode, design, culture, sports… Les raisons ne manquent pas pour y séjourner. Elle est au coude à coude avec Venise, derrière Rome au second rang des cités italiennes les plus visitées (11 millions de touristes en 2019 avec les environs). Désormais, il faut chercher les compagnies ayant relancé les liaisons, scruter les correspondances, puis prier la Madonnina que le vol ne sera pas annulé.
Après des semaines de frontières fermées, seul le terminal 1 de Malpensa est ouvert (comme durant la quarantaine pour les rares vols), le 2, consacré aux low-cost restant clos, comme l’aéroport plus central de Linate, déjà fermé plusieurs mois en 2019 pour être modernisé. Il repartira partiellement le 13 juillet. Malgré cette concentration en un seul lieu, Malpensa, au nord-est vers les lacs, n’est pas débordé alors que l’été commence.

Entre les Milanais partis en vacances, notamment vers les plages de Ligurie, Calabre et Sicile, et l’absence de touristes (chute de 98% entre mars et mi juin par rapport à l’année précédente), la ville qui compte 1,4 million d’habitants (3,3 en comptant la métropole) est bien calme. Le Duomo a retrouvé un peu de mouvement mais si loin de l’habituel va et vient. Les selfies se font rares et les pigeons sont sans difficultés en supériorité numérique, de jour comme de nuit. Il est facile de s’offrir une visite de la terrasse (200 000 billets sont vendus en moyenne pour le Duomo chaque mois) afin de contempler la ville, ses palazzi d’époque, ses tours modernes. Idem, les Navigli, lieu de la « movida » et des aperitivi, ont retrouvé jeunesse et allégresse mais encore loin des soirées habituelles où la cosmopolite population milanaise se mélange aux voyageurs.

Milan est réputée, parfois critiquée, pour sa densité (7300 habitants au km2), sa vivacité. Depuis mars, tout a changé. Le coronavirus a frappé la Lombardie comme nulle part ailleurs en Italie (16650 décès sur 34788 au 2 juillet). Les premiers foyers déclarés fin février, avant de découvrir que le virus circulait déjà en décembre, au moins.
La quarantaine déclarée le 7 mars, deux jours avant le reste du pays. Le bruit des ambulances qui ont rythmé les journées, comme les réservations pour aller au supermarché, les autocertifications qui changeaient quasiment chaque semaine, le télé-travail quand il ne s’agissait pas d’attendre indéfiniment le versement du chômage technique. Quelques polémiques pendant et après le confinement mais surtout un sens de la responsabilité largement partagé.

En cette fin juin, quatre mois après mon dernier séjour, j’ai donc retrouvé une ville blessée mais débout. Le masque est obligatoire (au moins jusqu’au 14 juillet) et presque tout le monde le porte, malgré les 32, 34 degrés qui accompagnent chaque après-midi avec un soleil étouffant. Milan est une cuve où l’air s’invite peu, été comme hiver, d’où son fameux brouillard les jours gris.
Se promener entre les lieux réputés, prendre le metro ou le tramway presque vide, procurent une sensation étrange pour le cœur géographique du nord de l’Italie et le poumon économique du pays. La bourse a dévissé puis alterné les secousses (21% du PIB national et 28% des exportations sont produits en Lombardie dont le taux de chômage était de 6% contre 10,6% dans l’ensemble du pays).

Si la vie culturelle milanaise est aussi au ralenti avec des musées ouverts seulement certains jours et le football joué à huis clos à San Siro, plusieurs programmes en extérieur ont été mis en place. Par exemple, le castello Sforzesco fait un “estate” avec une scène installée dans son parc Sempione, un programme pour les enfants est aussi lancé par la municipalité. Quelques salles de cinéma projettent à nouveau des films, la Scala a annoncé quatre concerts en juillet avec une jauge de 600 spectateurs et d’autres théâtres préparent des opérations spéciales pour l’été ou la rentrée.
La Lombardie reste la région la plus touchée du pays (environ la moitié des cas quotidiens) mais chaque jour ou presque, les chiffres diminuent, les thérapies intensives se vident. Malgré tout, une nouvelle vague à l’automne est sur toute les lèvres. Elle serait un désastre, sur tous les plans. Déjà à genoux économiquement, la ville craint une crise sociale. Une étude évalue à cinq ans le temps qu’il faudra à Milan pour se relever touristiquement. Pour les emplois, l’onde n’est pas encore passée. Les chantiers des tours à Porta Nuova ont repris, le point de départ des « Remblas »à la milanaise développées ces dernières années et symbole d’une renaissance.

Les parcs sont assez remplis pour profiter du soleil ou chercher l’ombre mais toujours avec distance. Même constat dans la rue, les lieux publics, ou encore pour entrer dans les magasins et les quelques musées accessibles où les distributeurs de gels hydroalcooliques sont aux quatre coins.
Au restaurant, on s’habitue à réserver la table, à la prise de température à l’entrée, au menu consultable sur son smartphone. Les gens retrouvent doucement une vie sociale mais beaucoup de restaurateurs voient, au mieux, leur salle et leur terrasse à moitié pleines (question d’optimisme). Les livreurs, eux, continuent de fendre la ville sur leurs vélos.

Prise de température à l’entrée d’un restaurant de Brera.

De nombreux commerces sont toujours fermés. Certains historiques de la capitale lombarde n’ont pas survécu à cette crise. Depuis mai, les annonces de faillites se succèdent. D’autre attendent la rentrée, laissant leurs salariés au chômage pour l’été. Août est traditionnellement le mois des vacances dans la Botte, alors rendez-vous en septembre. Si tout va bien.
Ceux qui sont ouverts gardent le sourire, malgré la faible affluence et les aides promises qui tardent. Comme Valerio, qui tient un magasin de vêtements et d’accessoires dans le centre. Il montre une des nombreuses tours modernes de la ville où « 3000 personnes travaillent habituellement. Ils ne sont que 150 actuellement ». Mais si certains commerces ont rouvert, c’est avant tout pour redonner un peu de vie à leur ville. Les bars retrouvent eux du mouvement surtout le matin pour le café. La presse n’est pas encore de retour sur le comptoir. Un pas après l’autre.
De même, la majorité des hôtels restent fermés, certains gèrent à la semaine, en fonction des réservations, puis conseillent un établissement du groupe ou voisin si le compte n’y est pas. La location à court terme est à l’arrêt et le marché immobilier de la plus chère ville italienne (4200 euros le m2 avec des pointes à plus de 10 000 dans l’hyper centre) connaît une baisse à l’achat et à la location.

La ville de l’expo universelle de 2015 organisera les Jeux olympiques d’hiver en 2026 avec Cortina. Un nouveau stade pourrait accueillir la cérémonie d’ouverture au sein d’un quartier de San Siro modernisé. Car oui, Milan a un futur. Même proche. De 200 000 voyageurs à l’aéroport de Malpensa en juin, la société Sea en attend 1 million sur l’ensemble des aéroports en août.

Alors ile vient à penser aux Fiancés, le chef d’œuvre d’Alessandro Manzoni, qui retrace la vie milanaise au 17ème siècle et notamment la peste de 1630 qui avait ravagé la ville (et le pays). Avec Renzo se promenant à la fin de l’épidémie dans ce « qu’on pourrait même appeler une ville de vie » et regardant Milan meurtrie, vide : »Mais quelle ville encore et quels vivants ».
Hier, je suis passé devant la statue d’Alessandro Manzoni, piazza Fedele, face à la mairie (palazzo Marino). J’ai même cru le voir me sourire.

https://youtu.be/NMBjdDpiFqA

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