Une matinée d’août à Brera

Encore et toujours Stendhal, fidèle compagnon de voyage et d’inspiration.

Je ne saurai mieux expliquer mon attachement irrationnel à ce coin de terre. A part les dates qui nous séparent, tout y est. La ville a changé, les Navigli ont perdu de leur magnificence, la modernité s’est invitée entre des lieux historiques prisés par les touristes de masse – dont je fais partie. J’aurais aimé y vivre au 19e siècle, mais elle demeure la plus belle à mes yeux. La beauté est subjective, comme les sentiments. A quoi bon lutter, s’expliquer avec les comptables du rationnel au lieu de juste en profiter?

J’avais mis ce livre, la vie de Henry Brulard, dans un coin de mon sac et volontairement gardé la lecture du dernier chapitre pour ce séjour censé clore le mois d’août et davantage encore. Un moyen de tourner la page, pensais-je. Un échec tant ce moment reste pesant dans un coin de ma tête.

Lorsqu’on s’est arrêté à l’orto botanico, à l’arrière de la pinoteca, pour l’une de nos matinées de lecture après le caffè à Princi, je n’ai pas pu m’empêcher de me perdre dans ton regard et voyager dans le passé à défaut d’être prêt à affronter l’avenir. Et puis tout s’est entremêlé, les choix, le libre-arbitre, le destin, l’ambition, la raison, la folie et même les regrets, pourtant chassés de mes idées depuis plus de deux ans.
J’ai lu la dernière phrase, fermé le livre, me suis dirigé et figé vers ce puits que j’ai visualisé sans fond. Tu m’as suivi, sans rien dire, posant juste ta main gauche sur mon épaule droite. Le temps s’est figé. Mon cœur s’est arrêté. C’était il y a deux mois et demi. Déjà. J’y repense souvent.

En ce jour où ma vie prend un tournant décisif et m’éloigne vraiment de cette douce folie que j’ai rêvée perenne, je ne peux que te dire merci. Et pas seulement parce que tu étais là, dans cette ville et que nos âmes se sont croisées, mais parce que, même à 768 km, tu as contribué à ma guérison. Le temps a refermé la cicatrice mais elle sera toujours présente, faisant partie de mon futur, comme nos souvenirs.

Souvent, et particulièrement aujourd’hui, je repense à cette matinée ensoleillée et me récite la conclusion, comme un épitaphe : « On gâte des sentiments si tendres à les raconter en détail. » Alors je vais me taire, les garder, les cajoler. E baciarti con tutto il mio cuore.

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