Le derby della Madonnina, un jour à part à Milan

La Madonnina, qui trône fièrement au sommet du Duomo de Milan, est célébrée deux fois par an, au moins, par les supporters de la cité lombarde. Ses deux équipes, rivales depuis 1908, s’affrontent pour le derby della Madonnina aussi appelé Derby di Milano. Cette 169e édition en Serie A était très attendue.

Avec la trêve internationale, cet Inter-Milan a occupé les médias italiens pendant deux semaines. Tous les sujets y sont passés. Les comparatifs entre les effectifs, les deux clubs – l’Inter chinoise contre le Milan désormais sous pavillon américain -, les histoires passées, les interviews des anciens, même un comparatif des wags, les femmes des joueurs.

Le 21 octobre arrivé, la ferveur était à la hauteur en ville, centre névralgique d’un jour du Calcio.

Milan, capitale économique de l’Italie, la bourse, les grandes entreprises, le quartier de la mode : Prada, Versace, Dolce & Gabbana sont chez eux. Une histoire riche et une modernité clinquante qui se conjuguent. Porta Nuova, à quelques pas de corso Como et de Brera en est l’illustration. Des travaux – toujours en cours – qui subliment cette zone.

Les deux clubs de la ville sont entre ces deux courants. Un passé glorieux, un présent à (re)construire, pour s’imaginer un avenir radieux. Alors que la Juventus écrase le championnat depuis sept ans, l’Inter vient tout juste de ramener la Champions League à Meazza. Cinq années de diète. C’était Milan à l’époque.

Chambrages et flocages

Des maillots Nerazzurri et Rossoneri partout dès le matin. Un Duomo pris d’assaut par les Milanais et les touristes. Les boutiques des deux clubs, situés à quelques mètres de la célèbre place, ne désemplissent pas. Les flocages se font à la chaîne. Icardi, Nainngolan, Higuain, Romagnoli… Comme chez les glaciers, il y en a pour tous les goûts.

Même engouement dans le métro. La ligne mauve entre chants et discussions se remplit à mesure que le compte à rebours s’égraine. Les « Forza Milan » et « Forza Inter » s’échangent, avec des provocations, des sourires.

L’Inter avait la supériorité numérique un peu partout. L’avantage d’être à la maison pour la manche aller et la dynamique récente (l’affluence des Nerazzurri à domicile était supérieur de 14 000 personnes en moyenne cette saison avant le match).

Pour trouver des billets, il ne reste que le marché noir. Depuis un moment, le stade est annoncé comble. 78.275 spectateurs pour une recette de 5.027.166 euros. Avant la partie, le trésorier de l’Internazionale pouvait déjà se frotter les mains, en pensant à un total comparable lors de la venue du Barça, le 6 novembre, en Ligue des Champions.

Le soleil, timide en ce dimanche, quitte la scène. San Siro, de loin, en sortant du métro ou du tramway, est encore plus beau dans l’obscurité. Il semble prêt à décoller. Écharpe souvenir à 10 euros et/ou panino porchetta, les stands ne désemplissent pas autour. La queue est vertigineuse à chaque porte pour entrer dans l’arène, toujours dans un climat bon enfant.

Histoire de famille

Justement, les familles sont nombreuses. Les parents avec deux, trois enfants, parfois de moins de 5 ans. En Italie, le virus se transmet dès le plus jeune âge, en allant au stade. Il arrive qu’un maillot rossonero se glisse dans une famille nerazzurra et inversement. Rébellion temporaire ou amour éternel pour le voisin, qu’importe. Le ballon rond rassemble pour un jour. Pour toujours.

La partie, en revanche, n’a pas marqué le retour des derbys d’antan, souvent haletant, lorsque les deux équipes luttaient pour le titre. L’Inter a dominé sans désarçonner une timide formation milanaise. Près de 60% de possession, une ligne de récupération haute. Même la blessure de Nainggolan au bout de 30 minutes n’a pas déréglé la machine de Spalletti, plus agressive, ambitieuse. Il a manqué un peu de réalisme (transversale de De Vrij) et de précision dans les derniers gestes pour voir l’Inter prendre le contrôle.

Et alors que l’on se dirigeait vers un rare 0-0 (qui fut le score au retour chez la « casa Milan » lors du précédent exercice), les Nerazzurri ont arraché la décision dans les derniers instants. Un centre de Vecino mal jugé par Donnarumma et Icardi est venu délivrer les siens (92e). Sa cinquième réalisation face aux Diavoli. Et déjà le septième but interiste marqué dans le dernier quart d’heure cette saison !

Ce 33e succès des Nerazzurri en 89 derbys « à domicile » (pour 26 défaites et 30 nuls) n’est pas le plus beau dans le jeu, mais, par son dénouement, il restera marquant, pour les tifosi de cette Pazza Inter. Les supporters de l’AC Milan se sont éclipsés, laissant leurs meilleurs ennemis exulter de longues minutes avec leurs joueurs, puis en descendant les tours du stade, pour quitter le quartier de San Siro. Et rentrer chez soi, ou se retrouver dans un bar pour fêter ça.

Biscione contre Diavolo

Un match vraiment à part à vivre en tribunes. Ce n’était pas mon premier derby della Madonnina. Mais c’est tout comme. Le charme ne se dissipe pas. San Siro n’est pas surnommé la Scala del calcio pour rien.

Des tifos sublimes des deux Curva. Au Nord le Biscione, un des symboles de la ville de Milan, a la langue tendue apeurant trois diablotins. Et la réponse de la Sud avec un Diable qui découpe un serpent, le biscione interiste. Puis des chants, deux fausses joies avec des buts refusés pour hors-jeu jusqu’à cette folle dernière minute…

Je vous propose de revivre en vidéo l’ambiance de ce classique du football italien.

Ça continue le lendemain

Ce lundi matin, au travail, à l’école, au café, le derby a continué à alimenter les discussions. Avant de prendre mon train, j’ai souri en regardant un marchand de journaux mimer la sortie de Donnarumma à un client. Il maudissait le jeune Gigio. Son compère, encore avec l’écharpe noire et bleue autour du cou, portée comme une médaille, pointait le réalisme de son Capitano, ému aux larmes après son but.

Oui, il y’a beaucoup de chambrage, parfois quelques insultes, mais au fond, ce n’est que de l’amour pour le foot et cette ville aux deux clubs protégés par une même Madonnina. Ce 21 octobre, elle était nerazzurra. Rendez-vous le 17 mars 2019. Pour le 170e. Et tout recommencera, comme la première fois.

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