Genova mia

Cara Genova,

Longtemps, je t’ai suivie de loin avec l’appréhension de t’approcher. Oui, tu me fascinais mais je te craignais. Marcher sur les traces de ses ancêtres n’est pas anodin. Surtout quand ils ne sont plus là pour vous guider. Il me reste quelques bribes d’anecdotes de mon grand-père. Mais en bon immigré intégré, il n’aimait pas revenir sur le passé transalpin familial, cette époque si rude avec le Duce. Et le choix de chercher le bonheur ailleurs. Ou juste d’assurer un avenir à sa famille. L’enfant, qui écoutait parfois d’une oreille en tapant dans le ballon, a grandi en laissant s’évaporer ces rares moments qui maintenant, j’en ai conscience, étaient précieux.

Alors, je te tournais autour, Firenze, Torino, Milano… Je t’ai même effleuré un jour, en passant à La Spezia. C’est certain, j’aurais pu faire un saut pour te saluer. Prendre la température. Mais je trouvais toujours une échappatoire. Pas le temps, une autre fois… C’est si simple de s’inventer des excuses.

Et puis, un jour, j’ai eu besoin de te connaître. Te voir, te sentir, te toucher. Le pesant est devenu urgent. Été 2018, à tout juste 30 ans, les cloches ont sonné. Le moment de faire le grand saut.

Et je n’ai pas été déçu. Tu n’es pas comme les autres. Ton centre historique médiéval, l’un des plus grands d’Europe, ton port avec son aquarium, ta côte à n’en plus finir, et ta courbe qui monte, qui monte, pour mieux de contempler depuis les hauteurs de Righi.

Cependant, tu es plurielle, ma chère.

Oui, tu es du Nord, tu as cette prestance, tes quartiers chics et leurs magasins de luxe comme à la via Roma, tes jardins reposants, tes palais sublimes, tes bords de mer paradisiaques, Boccadasse (en photo) et Nervi à quelques minutes en bus ou en train.

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Mais tu es aussi du Sud. Si, si. Tes ruelles sombres, aux odeurs suspectes, aux commerces délabrés, aux murs abîmés avec le linge qui sèche un peu partout. Je connais moins le bas de la Botte. Peut-être que je me trompe, mais, par moments, tu m’as fait penser à Napoli, que j’ai rencontré un an plus tôt avec passion.

En fait, tu es un condensé d’Italie. Tes arcades sublimes qui longent les rues pour se retrouver aux piazze, tes églises modestes ou majestueuses mais toujours authentiques, tes osterie bruyantes et accueillantes avec leurs trofie al pesto à 5 euros, ta population loquace, accueillante, souvent bienveillante même avec un « francese » qui fait plein de fautes en essayant de parler comme Dante. Mais qui sourit. Et ça, les Italiens apprécient.

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Tu es déstabilisante.

Il suffit de tourner dans une rue pour changer d’atmosphère. Tant mieux. Car avant de te connaître, j’aimais déjà l’Italie. Toute l’Italie. Ses qualités, ses défauts. En plus, tu peux l’avouer maintenant, tu as tout fait pour me séduire. Six jours dignes d’une lune de miel. Du soleil en continu, des découvertes et des ballades sans la moindre encombre, des bons repas, des soirées s’étirant autour de l’aperitivo. Je n’ai pas vu le temps s’écouler.

Du coup, je me suis concentré sur toi, repoussant tes amies des Cinque Terre avant de partir à la rencontre d’autres coins du Bel Paese. Je suis comme ça, infidèle. Je picore. Je te l’ai dit, j’aime toute l’Italie. Mais je reviendrai. Pour découvrir d’autres secteurs de la Liguria. Et pour te revoir. Car, désormais, tu es une partie de moi. Concrète, palpable. Mes racines ont trouvé leur terre.

Je suis sûr que nonno aurait été fier de savoir que l’on se connaît, que l’on s’apprécie. Il le sait, peut-être… Grâce à toi, j’ai beaucoup pensé à lui, à nonna et bien sûr à mamma. Alors, si tu les vois passer dans ton ciel bleu comme un songe, embrasse-les pour moi.

Grazie, Genova. Ti amo.

Mise à jour (15 août) : Depuis cette lettre, écrite sur un coup de tête, un après-midi où la nostalgie m’a entraîné jusqu’à une terrasse ensoleillée pour voyager dans mes émotions, tu as été meurtrie. Un mois après mon passage. Un pont qui cède, des innocents qui perdent la vie. Des familles brisées, un traumatisme national. De loin, mon cœur s’est serré. J’aurais voulu être là, même si je n’aurais servi à rien. Une souffrance m’a transpercé, mes pensées se sont figées sur toi, tes habitants.

On cherche des coupables. Les politiques, la société privée qui gère l’autoroute. Il aurait fallu faire ci, ou ça, plus tôt… Toujours si facile après.

Bien sûr, ce drame doit servir d’alarme. L’Italie se laisse vieillir. La belle endormie doit se réveiller, se rénover, pour retrouver toute sa beauté.

Toi, Genova, tu vas panser tes plaies. Tu es forte, tu vas te relever et continuer à avancer avec fierté.

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