Mon ami « Rafa »

Rafael Nadal a remporté Roland-Garros. Tête de série numéro 1, il a survolé le tournoi 2018, ne perdant qu’une manche. Onze sacres en quatorze éditions. Une habitude qui ne doit pas diluer la valeur de l’exploit. Ses trois absences : 2009, 2015 et 2016. Dans l’ordre, Soderling (en huitièmes de finale), Djokovic (en quarts) et son corps (abandon au 3e tour) ont stoppé son hégémonie. On a eu le fougueux taureau de Manacor à ses débuts, en bermuda et polo sans manches. On a désormais le posé trentenaire des Baléares, cheveux plus courts, tenue classique et sourire omniprésent. Son oncle Toni est toujours à ses côtés. Carlos Moya a rejoint, en 2017, un staff d’amis fidèles.

Son jeu a aussi évolué avec le temps, au gré des blessures. Toujours excellent en défense, le gaucher sait davantage abréger les points, varier les effets. Il a gardé son pont fort, le coup droit (notamment lasso) et a amélioré son revers, sait venir au filet, pour devenir un joueur complet.

D’ailleurs, Rafael Nadal, ce n’est pas que Roland-Garros et la terre battue. Il a aussi été le roi de l’Open d’Australie (1), de Wimbledon (2) et de l’US Open (3). Dix-sept couronnes du Grand Chelem (2e dans l’histoire). Et quatre Coupe Davis. Et deux médailles d’or aux Jeux Olympiques (en simple en 2008 et en double en 2016, avec Marc López).

RN Versus RF

La légende de Nadal se nourrit également de sa rivalité avec Roger Federer. L’une des plus belles de l’histoire du sport. 20 titres du Grand Chelem pour le Suisse, 37 à eux deux depuis 2003 et neuf finales (6 à 3 pour l’Espagnol) souvent sublimes. Comme celle de l’Open d’Australie 2017, qui marquait le retour des deux aux cimes du tennis.

Une opposition de style. Le talent contre le travail. Chacun son camp. Comme l’équipementier à la virgule, j’ai décidé de ne pas choisir. Pour caricaturer, je suis autant admiratif de la classe de Federer que de l’abnégation de Nadal. Les deux ont su se réinventer pour revenir au sommet alors que les deux challengers qui se sont immiscés dans l’histoire éprouvent des difficultés : Djokovic se cherche et Murray est porté disparu.

Les deux champions sont devenus amis, rendant ce duel encore plus beau. Alors que les footballeurs Ronaldo et Messi, par exemple, sont dans un respect entremêlé d’ignorance. Ou chacun regarde le salaire de l’autre pour demander une énième augmentation.

Yannick Noah (« la potion magique » en 2011 dans Le Monde) ou Roselyne Bachelot (en 2016 à la télévision) ont évoqué le dopage, pour expliquer les performances de Nadal. Ils ne sont pas les seuls… Il n’a jamais été pris. Donc comme pour les autres, dans tous les sports, optons pour la présomption d’innocence.

Nadal en vrai

Nadal m’a accompagné alors que je révisais mon baccalauréat (merci, pour le 14 en Espagnol), puis il a garni mes mois de juin d’étudiant. Prendre de ses nouvelles est une bonne raison de faire un pause au travail, désormais.

Surtout, j’ai vu « Rafa » sur le court. Deux jours d’affilée, lors du tournoi de Rome, en mai 2018. Il a battu Djokovic en demi-finales et Zverev en finale. Deux générations, deux styles. Les deux parties ont été accrochées par moments, mais l’Espagnol a toujours pris le dessus avec calme et autorité.

L’observer est envoutant. Le voir sur sa chaise, avec ses bouteilles ; éviter les lignes blanches lorsqu’il regagne le terrain ; avoir deux serviettes, une de chaque côté pour s’éponger après chaque point, même un ace ; nettoyer la ligne de fond de court à la fin d’un jeu ; sa routine au service ; sa façon de serrer le point, de s’encourager. Certains se moquent de ses « tocs », je trouve au contraire admirable de garder ses habitudes, pour être dans son monde, malgré les quolibets, imposer son rythme sur le court et entre les points, malgré les remarques.

Et après, le voir consoler sa victime, remercier le public en italien avec une gentillesse qui semble si sincère, répondre aux questions avec modestie.

On lui promettait une carrière courte. A 32 ans, il est numéro 1 mondial. Sera-t-il toujours là dans 4 ans, comme Federer qui sait se gérer pour régner encore à 36 ans ? Peut-être pas. Alors, profitons de ses matches, de ses victoires, de ses paroles. Après lui, le tournoi de Roland-Garros sera sans doute plus indécis. Mais peut être aussi plus insipide.

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