Mis en avant

Voir Milan revivre (doucement)

Rejoindre Milan. Si facile en temps ordinaire, de partout, tout le temps. Économie, mode, design, culture, sports… Les raisons ne manquent pas pour y séjourner. Elle est au coude à coude avec Venise, derrière Rome au second rang des cités italiennes les plus visitées (11 millions de touristes en 2019 avec les environs). Désormais, il faut chercher les compagnies ayant relancé les liaisons, scruter les correspondances, puis prier la Madonnina que le vol ne sera pas annulé.
Après des semaines de frontières fermées, seul le terminal 1 de Malpensa est ouvert (comme durant la quarantaine pour les rares vols), le 2, consacré aux low-cost restant clos, comme l’aéroport plus central de Linate, déjà fermé plusieurs mois en 2019 pour être modernisé. Il repartira partiellement le 13 juillet. Malgré cette concentration en un seul lieu, Malpensa, au nord-est vers les lacs, n’est pas débordé alors que l’été commence.

Entre les Milanais partis en vacances, notamment vers les plages de Ligurie, Calabre et Sicile, et l’absence de touristes (chute de 98% entre mars et mi juin par rapport à l’année précédente), la ville qui compte 1,4 million d’habitants (3,3 en comptant la métropole) est bien calme. Le Duomo a retrouvé un peu de mouvement mais si loin de l’habituel va et vient. Les selfies se font rares et les pigeons sont sans difficultés en supériorité numérique, de jour comme de nuit. Il est facile de s’offrir une visite de la terrasse (200 000 billets sont vendus en moyenne pour le Duomo chaque mois) afin de contempler la ville, ses palazzi d’époque, ses tours modernes. Idem, les Navigli, lieu de la « movida » et des aperitivi, ont retrouvé jeunesse et allégresse mais encore loin des soirées habituelles où la cosmopolite population milanaise se mélange aux voyageurs.

Milan est réputée, parfois critiquée, pour sa densité (7300 habitants au km2), sa vivacité. Depuis mars, tout a changé. Le coronavirus a frappé la Lombardie comme nulle part ailleurs en Italie (16650 décès sur 34788 au 2 juillet). Les premiers foyers déclarés fin février, avant de découvrir que le virus circulait déjà en décembre, au moins.
La quarantaine déclarée le 7 mars, deux jours avant le reste du pays. Le bruit des ambulances qui ont rythmé les journées, comme les réservations pour aller au supermarché, les autocertifications qui changeaient quasiment chaque semaine, le télé-travail quand il ne s’agissait pas d’attendre indéfiniment le versement du chômage technique. Quelques polémiques pendant et après le confinement mais surtout un sens de la responsabilité largement partagé.

En cette fin juin, quatre mois après mon dernier séjour, j’ai donc retrouvé une ville blessée mais débout. Le masque est obligatoire (au moins jusqu’au 14 juillet) et presque tout le monde le porte, malgré les 32, 34 degrés qui accompagnent chaque après-midi avec un soleil étouffant. Milan est une cuve où l’air s’invite peu, été comme hiver, d’où son fameux brouillard les jours gris.
Se promener entre les lieux réputés, prendre le metro ou le tramway presque vide, procurent une sensation étrange pour le cœur géographique du nord de l’Italie et le poumon économique du pays. La bourse a dévissé puis alterné les secousses (21% du PIB national et 28% des exportations sont produits en Lombardie dont le taux de chômage était de 6% contre 10,6% dans l’ensemble du pays).

Si la vie culturelle milanaise est aussi au ralenti avec des musées ouverts seulement certains jours et le football joué à huis clos à San Siro, plusieurs programmes en extérieur ont été mis en place. Par exemple, le castello Sforzesco fait un “estate” avec une scène installée dans son parc Sempione, un programme pour les enfants est aussi lancé par la municipalité. Quelques salles de cinéma projettent à nouveau des films, la Scala a annoncé quatre concerts en juillet avec une jauge de 600 spectateurs et d’autres théâtres préparent des opérations spéciales pour l’été ou la rentrée.
La Lombardie reste la région la plus touchée du pays (environ la moitié des cas quotidiens) mais chaque jour ou presque, les chiffres diminuent, les thérapies intensives se vident. Malgré tout, une nouvelle vague à l’automne est sur toute les lèvres. Elle serait un désastre, sur tous les plans. Déjà à genoux économiquement, la ville craint une crise sociale. Une étude évalue à cinq ans le temps qu’il faudra à Milan pour se relever touristiquement. Pour les emplois, l’onde n’est pas encore passée. Les chantiers des tours à Porta Nuova ont repris, le point de départ des « Remblas »à la milanaise développées ces dernières années et symbole d’une renaissance.

Les parcs sont assez remplis pour profiter du soleil ou chercher l’ombre mais toujours avec distance. Même constat dans la rue, les lieux publics, ou encore pour entrer dans les magasins et les quelques musées accessibles où les distributeurs de gels hydroalcooliques sont aux quatre coins.
Au restaurant, on s’habitue à réserver la table, à la prise de température à l’entrée, au menu consultable sur son smartphone. Les gens retrouvent doucement une vie sociale mais beaucoup de restaurateurs voient, au mieux, leur salle et leur terrasse à moitié pleines (question d’optimisme). Les livreurs, eux, continuent de fendre la ville sur leurs vélos.

Prise de température à l’entrée d’un restaurant de Brera.

De nombreux commerces sont toujours fermés. Certains historiques de la capitale lombarde n’ont pas survécu à cette crise. Depuis mai, les annonces de faillites se succèdent. D’autre attendent la rentrée, laissant leurs salariés au chômage pour l’été. Août est traditionnellement le mois des vacances dans la Botte, alors rendez-vous en septembre. Si tout va bien.
Ceux qui sont ouverts gardent le sourire, malgré la faible affluence et les aides promises qui tardent. Comme Valerio, qui tient un magasin de vêtements et d’accessoires dans le centre. Il montre une des nombreuses tours modernes de la ville où « 3000 personnes travaillent habituellement. Ils ne sont que 150 actuellement ». Mais si certains commerces ont rouvert, c’est avant tout pour redonner un peu de vie à leur ville. Les bars retrouvent eux du mouvement surtout le matin pour le café. La presse n’est pas encore de retour sur le comptoir. Un pas après l’autre.
De même, la majorité des hôtels restent fermés, certains gèrent à la semaine, en fonction des réservations, puis conseillent un établissement du groupe ou voisin si le compte n’y est pas. La location à court terme est à l’arrêt et le marché immobilier de la plus chère ville italienne (4200 euros le m2 avec des pointes à plus de 10 000 dans l’hyper centre) connaît une baisse à l’achat et à la location.

La ville de l’expo universelle de 2015 organisera les Jeux olympiques d’hiver en 2026 avec Cortina. Un nouveau stade pourrait accueillir la cérémonie d’ouverture au sein d’un quartier de San Siro modernisé. Car oui, Milan a un futur. Même proche. De 200 000 voyageurs à l’aéroport de Malpensa en juin, la société Sea en attend 1 million sur l’ensemble des aéroports en août.

Alors ile vient à penser aux Fiancés, le chef d’œuvre d’Alessandro Manzoni, qui retrace la vie milanaise au 17ème siècle et notamment la peste de 1630 qui avait ravagé la ville (et le pays). Avec Renzo se promenant à la fin de l’épidémie dans ce « qu’on pourrait même appeler une ville de vie » et regardant Milan meurtrie, vide : »Mais quelle ville encore et quels vivants ».
Hier, je suis passé devant la statue d’Alessandro Manzoni, piazza Fedele, face à la mairie (palazzo Marino). J’ai même cru le voir me sourire.

https://youtu.be/NMBjdDpiFqA

Un simple sourire peut changer la vie

« Tu apprendras à tes dépens que le long de ton chemin, tu rencontreras chaque jour des millions de masques et très peu de visages ». Luigi Pirandello, dramaturge et poète italien, prix Nobel de littérature en 1934, n’évoquait bien évidemment pas avec prophétie notre période actuelle. Les individus n’ont pas attendu la pandémie mondiale de Covid-19 pour revêtir un masque. Un terne masque, loin des colorés parfois exhibés ces dernières semaines pour se protéger, mais aussi dissimuler une bouche avare de douceur.

L’espace public est peuplé d’individus pris dans le tourment de leur vie, dans leurs problèmes personnels, dans leurs contraintes professionnels. Même avec leurs proches, ce masque de souffrances semble difficile à retirer. Alors, on suit tous le mouvement et on s’enferme dans cette froideur.

Copier les autres, abandonner sa personnalité ;

Etre sans les autres, privilégier son individualité.

Parfois, un sourire se présente, sans motif, au moment d’entrer dans le métro, en commandant un café, à la caisse du supermarché… Simple politesse sociale qui provoque un sourire bienveillant en réponse. Mais ces petits moments anodins semblent en voie d’extinction. 

Les drames du quotidien, viols, meurtres et autres actes terrifiants « motivés » par la religion, la sexualité, la bêtise (pour rester poli), ou seulement le hasard encombrent notre espace collectif, qui croule sous cette peur de l’autre. Ce masque, tête basse, est une protection. Parce qu’il suffit parfois d’un seul regard pour vivre l’enfer sur terre, voire quitter la terre.

« L’enfer, c’est les autres », a expliqué Jean-Paul Sartre. Certes, mais, on pourrait lui rétorquer que le paradis, c’est les autres. Pour toucher ce sentiment de béatitude, il convient de risquer de tomber dans les tréfonds, de passer par le purgatoire d’autrui. Ou alors, on reste « seulement » sur terre à « connaître tout, excepté soi même » car « on peut tout acquérir dans la solitude, hormis du caractère » (Stendhal). Ni l’amour.

Il suffit d’un petit degré d’espérance pour reprendre foi en l’humanité. Un simple sourire peut changer la vie. Un visage aimant, qui offre sans raison et sans retenue son bonheur à vos yeux. Un acte de confiance appuyé accompagné d’un regard lumineux, qui vaut tous les discours. Votre âme est ressuscitée, vos ailes déployées pour toucher les nuages et lui ramener de ce voyage toutes les étoiles qu’elle mérite. L’amour a ce pouvoir de chasser toutes les peurs, toutes les interrogations, comme un vent de renouveau, pour devenir votre unique présent. Le premier sourire ne s’oublie jamais. Le sien a changé ma vie.

Cédric, inspiré par Laura, Milano, piazza XXV 25 aprile, 9/9/20

L’échec est la mère du succès. Même pour Conte ?

La défaite, l’échec, la chute… Les penseurs, philosophes, écrivains, artistes mais aussi sportifs n’ont eu de cesse, au fil du temps et des péripéties de leur vie ou de celles d’autrui, de poser des mots sur ces maux qui puisent leur source à la même racine. De l’espoir de vaincre au désespoir de perdre, ce concept abstrait prend tout son sens, tout son poids, lorsqu’il vient heurter votre quotidien.

Les citations pullulent. Un petit florilège pioché ici ou là.

“La chute n’est pas un échec. L’échec, c’est de rester là où on est tombé.” Socrate

“Il ne peut y avoir d’échec pour celui qui continue la lutte.” Napoléon Hill

« Le succès modifie les gens tandis que l’échec révèle qui ils sont vraiment » Mark Twain

« Le succès n’est pas final, l’échec n’est pas fatal, c’est le courage de continuer qui compte” Winston Churchill

Moi, comme vous peut-être, j’ai connu l’échec et la remise en question. Ces moments de doute sur le chemin à suivre et ces questions lancinantes en tête. Où, quand, que, pourquoi? Quand ce n’est pas : Mais, ou, est, donc, or, ni, car.

Ou encore « Pour gagner, il faut accepter de perdre », Luis Fernandez.

Et surtout: “Dans la vie, toutes les réussites sont des échecs qui ont raté”, Romain Gary.

Car, oui, perdre fait naître le doute alors que gagner conforte ses idées. Le danger est justement là. Il faut douter de tout, tout le temps, surtout quand tout va bien.

L’inspiration pour poser ces quelques propos m’est venue après la finale d’Europa League, exactement le lendemain matin dans un train. Les doutes n’étaient pas en moi, simple tifoso nerazzurro seulement déçu par le résultat (d’accord, j’ai difficilement trouvé le sommeil) avant de continuer ma vie et mes vacances. Peut-être y avait-il un renvoi inconscient sur des épisodes passés pas si lointains?

Surtout, pour la partie consciente, la réaction d’Antonio Conte, juste après la défaite, une nouvelle fois prompt à mettre un pied à l’extérieur du projet, m’a fait réfléchir. Son ressentiment n’est pas lié au résultat. La simple suite de ses propos du 2 août à la fin du championnat.

« Mon travail ou celui des joueurs n’a pas été reconnu et j’ai vu très peu de protection de la part du club. Quand vous voulez gagner vous devez être fort sur et en dehors du terrain. A la fin de l’année nous parlerons au président et nous ferons les évaluations. Quand les gens montent dans le wagon, il faut toujours être dedans, dans les moments positifs et négatifs. A l’Inter cela n’a pas été le cas. Je pensais avoir plus de protection mais ça ne s’est pas fait. »

Peut-être aurait-il même officialisé son départ avec un trophée entre les mains et la bonne médaille autour du cou. L’entraîneur a une nouvelle fois stigmatisé pubbliquement l’atmosphère, les difficultés, sans citer certains dirigeants ou faits qui ont effrité sa motivation, sa foi qui s’approche du mystique.

« Il n’y a aucune rancune. Ce fut un voyage beau mais difficile, à tous points de vue. Je sais que je ne veux pas passer une autre année de cette façon. »

Des propos laissant penser qu’il pourrait quitter le projet après une seule année, alors qu’il s’est engagé pour trois saisons avec un salaire à la hauteur de la confiance placée en lui (11 millions par an). Abandonner serait un échec. Mais pour lui, s’adapter le serait aussi. Forces et limites d’une homme connu et reconnu pour son intransigeance.

Osons un parallèle. Jurgen Klopp est arrivé à Liverpool en octobre 2015. A la fin de cette première saison (tronquée), l’Allemand a perdu la finale de Ligue Europa contre Séville. Deux ans plus tard, en mai 2018, il était en finale de la Ligue des Champions. L’année d’après, il la remportait. Et il vient de ramener le championnat d’Angleterre à des Reds façonnés à son image.

Antonio Conte à l’issue de sa première saison vient de connaître la même défaite en finale de la même compétition, face au même adversaire. Peut-il espérer le même rebond? Oui, sur le papier. L’Inter retrouve la lumière après des années bien sombres entre la déliquescence post-Triplete avec la fin de l’ère Moratti puis le rachat par Thohir. La famille Zhang, fort de son groupe Suning, développe le club à tous les niveaux depuis la prise de contrôle. Les recettes sont en forte croissance (de 186 à 373 millions en 4 ans et entré dans le Top 10 européen des recettes commerciales avec 154 millions) et les résultats sportifs suivent cette trajectoire. La finale européenne et la deuxième place, à 1 point de la Juventus, viennent consolider l’édifice après deux saisons achevées in extremis à la quatrième place de Serie A. L’Inter va disputer la Ligue des Champions pour la 3e année de suite. Une première depuis la période 2004-2012 (8 campagnes de rang).

Dans les faits, au delà de l’aléa sportif, dans cette période où la pandémie de Covid-19 a entraîné une pause des compétitions et fragilisé l’économie, la saison à venir s’annonce incertaine sur bien des plans. Comme notre quotidien à tous.

Une raison pour abandonner nos projets? Il faut au contraire avancer sans peur. S’adapter? Peut-être. Pour Antonio Conte, ça s’est mal fini à la Juventus et précipitamment avec la Nazionale et Chelsea. Avec son ADN d’ex juventino et même de bandiera bianconera il a dû convaincre le peuple interiste de son implication sans faille pour la cause nerazzurra. Tous n’ont pas adhéré à son discours, ses idées, mais même la Curva Nord a fini par le soutenir publiquement alors qu’il mettait en cause le fonctionnement du club, le manque de protection et les fuites incessantes. Des taupes déjà déplorées par ses prédécesseurs Mancini ou Spalletti. Qu’attendre, alors qu’un sommet se prépare entre le président Steven Zhang, qui a félicité le staff et les joueurs pour la saison, et Antonio Conte? Révolution? Évolution? Du club? Du technicien? Malgré ces difficultés, Conte a plutôt été écouté sur les choix sportifs. Il a eu Lukaku et un mercato pour s’adapter à son schéma de jeu avec la recherche de pistons. Young et Moses en janvier pour finir la saison et Hakimi a déjà signé pour la prochaine.

A la Juventus et Chelsea, Conte avait gagné un trophée dès sa première saison. Cette fois, il n’y a que des deuxièmes places. « L’histoire est écrite par ceux qui gagnent » avait rappelé l’entraîneur avant la finale d’Europa League. Cette saison est donc factuellement un échec. Clore dès à présent son chapitre interiste laisserait un goût amer et pourrait conforter certains gros clubs à ne pas prendre le « risque » d’engager un technicien certe doué mais rigide, voire instable, prêt à mettre le feu à la moindre contrariété.

“Une période d’échec est un moment rêvé pour semer les graines du succès” dixit Paramahansa Yogananda. Alors oui, il est peut être temps d’accepter certaines contraintes pour continuer à changer les choses de l’intérieur avec patience et semer les graines manquantes d’un succès qui le ferait entrer dans la famille des plus grands. L’Histoire est en marche? En tout cas, il peut écrire son histoire à Milan ou ailleurs. Quoi qu’il arrive, avec ou sans lui, l’Inter continuera la sienne, avec l’ambition de retrouver un H majuscule, comme la grande Inter initiée par Herrera. Allez, une dernière citation pour finir : « L’échec est la mère du succès ». Proverbe chinois…

Bergame, sa Dea lui montre la lumière

La cité lombarde, symbole de la pandémie de Covid-19 en Italie, se relève doucement et dans le calme, alors que son équipe, l’Atalanta, s’apprête à disputer un historique quart de finale de la Ligue des Champions contre le Paris SG, ce mercredi 12 août.

Bergamo, nichée au calme dans le Nord-est de la Lombardie, a vu sa popularité monter en flèche ces derniers mois. Grâce aux exploits de son équipe de football puis à cause du coronavirus. Mais il y a tellement d’autres choses. En fait, c’est deux villes en une. Il y a la città bassa, classique commune de taille moyenne, agréable avec ses commerces, ses entreprises, ses habitations, ses parcs, ses musées… Et puis la città alta avec quatre portes impressionnantes et entourée de 6km de murailles vénitiennes, un héritage du XVIe siècle et de la période République de Venise. Des murailles entrées au patrimoine de l’humanité de l’Unesco en 2017. Pour accéder à la ville haute, deux options : les chemins en pavés pour flâner (et suer, surtout en ce mois d’août) jusqu’à la piazza vecchia pour admirer le Duomo, la basilica romanica di Santa Maggiore ou la Cappella Colleoni. Ou alors le funiculaire qui vous dépose près du sommet et des restaurants afin de goûter la polenta taragna, les casoncelli, le coniglio et finir par une très sucrée sphère jaune, la polenta e osei.

Bergame (120 000 habitants), c’est aussi un point d’accès vers un territoire touristiquement riche avec au nord les termes de San Pellegrino, les lacs, Lecco ou Bellagio. Pourtant, cet été, la cité n’a pas la cote, comme toute la Lombardie. Moins encore. Le passage du Covid-19 a laissé des traces sur place et dans les esprits des voyageurs, malgré le soleil et les 30 degrés quotidiens.

En ce moment, la cité vit au ralenti. Des hôtels et des restaurants fermés, ceux ouverts affichant 10 à 30% de taux d’occupation, des commerces aux rideaux tirés en ce mois d’août où, en plus, traditionnellement l’Italie des terres s’arrête pour aller à la mer. L’aéroport Orio al Serio, qui accueille notamment les compagnies low-cost, retrouve doucement quelques vols internationaux et la gare du trafic. Mais on est loin d’une situation « normale ».

Bergamo bassa presque déserte…

J’ai pu le constater ce lundi. Ma dernière visite était à la mi-février, trois semaines avant la zone rouge. Oui, Bergame est toujours aussi belle mais encore un peu à terre. Gel, masques, prise de température à chaque entrée dans un lieu public (restaurant, musée…) et la limite fixée à 37,5°C…

L’Italien est la langue largement majoritaire aux terrasses et dans les ruelles. « Il y a quelques vacanciers mais encore peu d’étrangers. “Les gens doivent garder un sentiment négatif de Bergame”, me glisse par exemple Francesca, serveuse d’un café donnant sur la viale Roma, en me demandant d’où je suis originaire et comment est la situation en France. Je lui explique que je suis envieux du comportement local.

La ville est saine. La rigueur collective constatée en Italie et particulièrement en Lombardie ces dernières semaines est particulièrement d’actualité. Sans doute une raison expliquant les 4000 cas diagnostiqués lors des deux dernières semaines dans tout le pays, contre 40 000 en Espagne ou 17000 en France. Ce dimanche 9 août, 5 nouveaux cas dans la province bergamasque. Mais personne ne crie victoire.

Une porte d’entrée de la città alta.

Si la courbe des contagions est plutôt stable cet été avec quelques foyers surtout lors de retours de vacances, la Lombardie reste la région avec le plus de malades en Italie (5588 sur 13263). Et Bergame fut le triste symbole d’une région dévastée, la porte d’entrée du coronavirus en Italie fin février, avant d’apprendre qu’il circulait dès décembre sur le territoire. Pendant des semaines, la ville vécut au rythme d’une quarantaine stricte, sans bruits si ce n’est les incessantes sirènes des ambulances, l’hôpital Papa Giovanni XXIII submergé, l’Eco di Bergamo, le journal local, aux pages remplies d’avis de décès et ces images des camions militaires remplis de cercueils pour aller faire les crémations ailleurs, faute de place.

La Lombardie a eu près de 17000 victimes sur les 35 000 italiennes (au 9 août, comme tous les chiffres ici, publiés par la Protezione civile). Le président Sergio Matarella était venu à Bergame pour un concert en hommage aux victimes fin juin. Les statistiques officielles évoquaient à ce moment-là plus de 6000 décès dans la province dont 700 dans la seule ville (mais les chiffres réels pourraient être deux à trois fois supérieurs).

Lorsque vous flânez autour des murailles de la città alta, vous pouvez apercevoir plus bas les tribunes du stadio Atleti Azzurri, rebaptisé Gewiss Stadium, l’antre de l’Atalanta. L’une des fiertés d’une ville travailleuse et discrète, loin de la splendeur de sa grande sœur Milan (10 fois plus peuplée), capitale économique et de la mode. L’équipe actuelle est à son image. Elle est réputée pour son centre de formation et son recrutement cosmopolite de joueurs peu connus mais travailleurs et impliqués. La Dea (déesse, surnom de l’Atalanta), avec la 12e masse salariale du championnat vient de finir la Serie A à la 3e place, un record, avec la meilleure attaque, 15 buteurs différents mais aucun italien… Ce qui n’empêche pas un sentiment d’appartenance à leur terre d’accueil, matérialisé pendant le confinement passé à Bergame par tous les joueurs.

Atalanta-Roma. Le Gewiss Stadium était comble.

Avant la quarantaine, cette Dea a atteint les quarts de finale de la Ligue des Champions, pour sa première participation à la Reine des compétitions continentales. D’ailleurs, le 8e de finale aller, contre Valence, aurait été un accélérateur de la diffusion de la Covid-19. 40 000 Bergamasques avaient rallié Milan, 50 km à l’ouest, et San Siro qui a accueilli l’Atalanta lors de cette Ligue des Champions, son stade (en rénovation depuis un an) n’étant pas aux normes. Des sauts et des embrassades au fil d’une soirée de rêve (4-1). Le tout le 19 février, deux jours avant la découverte du premier cas italien à Codogno (sud de la Lombardie). Un mois plus tard, Bergame était l’épicentre italien de l’épidémie et à la Une de l’actualité internationale.

Le match retour en Espagne, le 10 mars, fut dans un stade à huis clos (4-3 pour l’Atalanta) juste avant l’arrêt des compétitions. L’entraîneur et architecte de cette équipe Gian Piero Gasperini (62 ans) a reconnu en mai dans un entretien à la Gazzetta dello Sport avoir lui même été touché : « La veille du match de Valence, j’étais malade, l’après-midi du match pire. Sur le banc je n’avais pas une bonne tête, a indiqué l’entraîneur de 62 ans. Les deux nuits suivantes, j’ai peu dormi. Je n’ai pas eu de fièvre, mais j’étais détruit. Une ambulance passait toutes les deux minutes et je pensais mourir. Un hôpital à proximité semblait en guerre. La nuit, je me demandais ce qui allait m’arriver si j’y allais. Je ne pouvais pas déjà partir, j’avais tant de choses à faire. Je l’ai dit en plaisantant, comme pour exorciser ma peur. Mais je le pensais vraiment. » Un témoignage parmi d’autres. Ici, tant de personnes connaissent un malade, s’ils ne l’ont pas été eux mêmes.

En marchant vers la città alta, mon esprit s’est soudainement arrêté au 15 février et ma soirée au stade, les banderoles des Curve avant, l’atmosphère joyeuse lors du succès en remontée de l’Atalanta contre la Roma (2-1), qui assurait déjà quasiment le Top 4 et une nouvelle participation des Nerazzurri à la C1. Le tour d’honneur de Papu Gomez et ses partenaires était beau, même pour un spectateur neutre. Et cette interrogation aujourd’hui en tête, à quand la prochaine communion entre l’équipe et ses tifosi?

Les joueurs de l’Atalanta après leur succès 2-1 contre la Roma le 15 février.

Le sport a une place importante et sera, sans aucun doute, un vecteur de reconstruction pour la ville. Ce samedi 15 août, le Tour de Lombardie s’élancera de la Via San Bernardino avant de sillonner les contours bergamasques puis de glisser vers Come, lieu de l’arrivée du monument cycliste. En revanche, elle n’aura pas le plaisir de vivre cet historique quart de finale de Ligue des Champions, la compétition se terminant à Lisbonne dans un format inédit, lieu unique et matchs secs. Cela commencera contre Paris ce mercredi 12 août. Au bar, chez des amis ou à domicile, presque tout le monde aura les yeux rivés sur Canale 5 (chaîne gratuite) et Sky Sport à partir de 21 heures. Puis en cas de qualification, la dernière équipe italienne en lice affrontera l’Atletico de Madrid ou le RB Leipzig le 18, avant une possible finale le 23 août… Peu osent l’affirmer et rappellent le miracle d’être à ce “final 8” mais le rêve et dans toutes les têtes. Tout le parcours serait au stade de la Luz. La lumière, Bergame recommence à l’apercevoir.

Nuit blanche et alerte rouge

« La vraie patrie est celle où l’on rencontre le plus de gens qui vous ressemblent. »

Aujourd’hui, je comprends réellement cette phrase de Stendhal.

Cette nuit, je n’ai pas trouvé le sommeil. J’avais pourtant un avion matinal et la fatigue présente, pressante même, depuis le milieu d’après-midi. Mais mon esprit s’est focalisé en début de soirée, alors que j’étais dans le tram, sur cette alerte venue d’Italie et cette situation anxiogène particulièrement en Lombardie. Des rumeurs avant l’officialisation au milieu de la nuit. J’étais accaparé par les nouvelles. TV, internet, réseaux sociaux, malgré mes tentatives de distraction, je ne parvenais pas à décrocher plus de dix minutes. Mon esprit était vampirisé par cette zone rouge. Une panique irrationnelle. Ce n’est qu’une mesure de protection. Surtout, je ne suis pas né en Italie. Je ne vis pas à Milan. J’y séjourne juste avec un plaisir aussi souvent que mon emploi du temps me le permet.

Mes origines sont du Nord de l’Italie. Ce sang de mes ancêtres qui coule dans mes veines et qui irrigue mon cœur.

J’avais peur pour toi. J’avais peur pour elle. J’avais peur pour vous. J’avais peur pour eux.

Ce matin, mes pensées ne te quittaient toujours pas. Mon cerveau en quarantaine. Alors, j’ai posé ces quelques mots en attendant le décollage. Ironie, je me rapproche de cette zone désormais interdite.

J’avais besoin de l’écrire, de l’extérioriser, pour tenter d’avancer dans cette journée sans être rivé sur les bilans. Nuit blanche, zone rouge. Les couleurs de Milan…

Avant de vous retrouver en pleine forme très vite, amours, amis, connaissances, inconnus, je vous souhaite le meilleur, d’être courageux, d’être forts, d’être responsables, d’être fiers : de Milan ghe n’è domà vun.

La tête dans tes nuages

Je sais maintenant pourquoi j’aime autant prendre l’avion. A chaque fois que je traverse les nuages, j’ai l’impression de me rapprocher de toi, en quête d’un irrationnel espoir de te voir, te parler, t’embrasser. Juste un instant à nous, le temps en suspension, le cœur en lévitation, avant d’atterrir en ce bas monde…

Auguri réussi avant le derby pour les 1nter1st1

 

111 ans. Le compte n’est pas rond, mais cet anniversaire correspond bien à l’Internazionale Milano : la « pazza Inter ».

111 ans, fêtés le 9 mars exactement. Le lendemain, la réception de la SPAL, un dimanche après-midi printanier, n’était pas le plus beau paquet cadeau. Une équipe qui ne fait pas rêver mais qui est souvent difficile à manoeuvrer avec ses trois défenseurs centraux. Elle a par exemple gagné à l’Olimpico contre la Roma à l’automne.

Plus de 60 000 tifosi avaient garni San Siro pour cette rencontre, la seconde « Inter club » de la saison, où tous les clubs de supporters sont conviés (avec des réductions).

Une belle affluence et une chaude ambiance avec une chorégraphie organisée pour vêtir tout le stade de nerazzurro avant le coup d’envoi. Et un code sur les réseaux sociaux 1NTER1ST1 : Un hashtag ingénieux.

Le premier public d’Italie était encore une fois au rendez-vous, malgré une période compliquée sur le terrain et en coulisse. Trois matches sans victoire (à l’extérieur, toutes compétitions confondues), une troisième place lâchée au cousin milaniste et le psychodrame Icardi sans solution. 28 jours sans le numéro 9 avec chaque matin dans les journaux, chaque soir à la télévision un nouvel épisode. Un tweet, un post Instagram, un commentaire de Wanda, femme et agent de l’ex capitaine interiste, une réaction de Beppe Marotta, nouvel administrateur délégué du club. Tout est romancé, extrapolé.

Icardi pas à la fête

Avant la rencontre, Marotta a poursuivi l’apaisement : « Il y a un grand optimisme, maintenant le bon sens de tout le monde est nécessaire. » Icardi, muet la veille alors que la plupart de ses partenaires ont souhaité un joyeux anniversaire au club sur les réseaux, n’est pas venu. Contre le Rapid et la Sampdoria, il était en tribune avec son épouse. « Je ne dirai rien. Vous faites vos histoires, la réalité est autre », a lâché Spalletti à l’issue de la partie. 

Huit jours et trois matches à San Siro pour sortir de la grisaille et rêver à une fin de saison ensoleillée. Ce dimanche, l’Inter avait une partie importante, bloquée entre l’aller et le retour du 8e de finale d’Europa League. Jeudi, il faudrait gagner à domicile (0-0 à l’aller) face à l’Eintracht Francfort pour continuer l’aventure européenne. Et ce, à trois jours du derby retour. Si loin, et déjà dans toutes les têtes.

Face à la Spal, 16e à l’orée de cette 27e journée de Serie A, Spalletti devait donc faire sans son meilleur buteur, qui se contente de physiothérapie et de tapis roulant, mais aussi Nainggolan (blessé), Vecino (suspendu), Keita et Perisic (diminués et sur le banc). D’Ambrosio et Skriniar, sous la menace d’une suspension pour le derby, étaient remplaçants. Lautaro Martinez, également à un carton jaune de la suspension, était présent d’entrée, faute de combattant à son poste (il sera suspendu jeudi en Europa League, comme Asamoah). 

Les Nerazzurri ont eu des difficultés, comme souvent, à faire le jeu. Lautaro, le seul à faire des différences, à néanmoins « gâché » un contre. Le « Toro » s’est aussi vu refusé un but magnifique après intervention de la VAR pour une main préalable (32e). Les sorties sur blessures de Brozovic (cuisse droite) juste avant la pause  (41e) puis de Miranda (nez) à la mi-temps ont encore ajouté des soucis de gestion à Spalletti. La Spal a aussi eu quelques opportunités. De quoi nourrir les sifflets des #Inter1nt1 à la mi-temps. 

Nouvel anniversaire pour le derby

La domination de l’Inter a été récompensée par une belle frappe de Matteo Politano (67e). Une ouverture du score validée après une longue vérification à la vidéo. Une reprise de volée de Roberto Gagliardini  à dix mètres de Viviano (2-0, 77e) a clos le suspense. Deux buts des internationaux italiens. Pas si fréquent dans la très internationale formation milanaise.

Le stade s’est vite vidée, la célébration des joueurs avec le public a été mesurée. Trois points suffisants pour maintenir à distance les deux clubs de Rome, l’Atalanta et le Torino afin de rester dans la zone qualificative pour la prochaine Champions League.

Sans briller ni même rassurer, voilà l’Inter à une longueur de l’AC Milan, qui recevra la manche retour de derby della Madonnina ce 17 mars (20h30). A l’aller, Icardi avait débloqué la situation d’une tête qui avait fait chavirer les trois-quarts de San Siro dans le temps additionnel (1-0). Une époque qui semble si lointaine…

« Au début, nous devions faire mieux. Nous avons le feu à l’intérieur, malheureusement, parfois, il se transforme en une flamme, à réagi Spalletti en conférence de presse. Après le but, Gagliardini a changé de façon de jouer. Il a eu une autre conviction, lui et le reste de l’équipe, qui m’a plu sur cette fin de match. Notre objectif est la victoire avec l’union de tous. Si vous ne ramenez pas le résultat à la maison, tout devient plus compliqué. Cette intention doit être perçue par tous « .

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En tout cas, les Nerazzurri fêteront un autre anniversaire. Les 20 ans de partenariat avec Nike. Pour l’occasion, un maillot collector sera porté. Il rassemble des morceaux de plusieurs tuniques de la période. Un mashup pour un rendu particulier. Et un quatrième maillot commercialisé cette saison. S’il ne plait pas à tout le monde, sa place dans le coeur des tifosi interisti sera en partie déterminée par le résultat. La victoire illumine les souvenirs : du match, comme du maillot.

Pagelle Inter:

Handanovic 6

Cédric : 6

De Vrij : 6,5

Miranda 6

Dalbert : 6

Asamoah : 6

Brozovic : 5,5

Gagliardini: 6

Politano: 7

Joao Mario : 6

Lautaro : 7

Candreva : 6

Ranocchia : 6,5

Borja Valero : 6

Spalletti: 6,5 Première période sans idée de son équipe. Le passage au 3-4-3 en seconde période a correspondu au réveil. Il n’a pas pu relancer Keita comme il l’espérait à cause des blessures en première période. Bilan positif : 3 points en économisant Skriniar, D’Ambrosio et Borja Valero. Il n’y aura pas de suspendu lors du derby.

Mon premier derby della Capitale, une soirée céleste

Le derby della Madonnina, le derby della Lanterna, le derby della Mole… L’Italie a ce charme qui manque au football français, des vrais oppositions entre deux clubs d’une même ville, qui se partagent souvent le même stade (sauf à Turin).

Dans ce jeu des suprématies locales, un match sort du lot dans le Bel Paese, le derby della Capitale. Plutôt bon esprit, malgré des tensions, à Milan, Gênes et Turin, la confrontation est bouillante à Rome. L’antagonisme entre les deux sociétés est plus marqué. On ne prononce pas le nom de l’autre, même au sein de la communication… La Lazio utilisant le hashtag #LaPrimaSquadraDellaCapitale, rappelant sa création dès 1900 contre 1927 pour l’AS Roma. Mais les Giallorossi menaient 54-37 dans l’historique en championnat (58 nuls).

Match classé à haut risque, marqué par de nombreux débordements entre tifosi, au point d’avoir été privé de programmation en soirée pendant quelques années (de 2013 à 2017 récemment).

Quel clasico?

Ce 150e derby della Capitale en Serie A avait bien lieu à 20h30, en conclusion d’un joli samedi ensoleillé. Si je connais l’Olimpico, aussi bien en configuration Lazio que Roma, je n’ai jamais vécu le « derby der Cupolone » (autre appellation).

Mon calendrier personnel m’offrait la possibilité de passer ce samedi à Madrid pour découvrir le Clasico ou à Rome pour un premier derby della Capitale. Un choix vite fait pour le tifoso de Calcio que je suis.

Alors, après une promenade en passant par mes endroits préférés, loin des touristes venus passés un week-end à Rome, je prenais le metro, puis le tram. Descente à Mancini.

Choisir son camp

Plus d’une heure trente avant le coup d’envoi, l’atmosphère est tendue à l’extérieur du stade. Les forces de l’ordre sont partout. Les tifosi des deux équipes ont leurs bars, leurs paninerie, leurs boutiques. À Milan, on peut acheter des écharpes ou des (faux) maillots des deux équipes au même stand aux abords de San Siro. Pas à Rome, il faut choisir ses couleurs.

Je reste neutre, sans signe d’appartenance et me faufile entre les chants, les pétards qui explosent. Je choisi una porchetta dans un fief Laziale, mon cœur est 51-49 pour les biancocelesti, je le reconnais. Si des débordements, notamment racistes, touchent parfois ce club, je ne fais pas de généralité. C’est une minorité, qui ternit l’image d’ensemble. Tous les clubs, en Italie et ailleurs, ont leurs démons parmi les « supporters ». J’aime la ferveur des Laziali, leurs chants, l’aigle qui tourne dans le ciel avant de venir se poser au milieu de la pelouse et leurs couleurs qui permettent souvent de proposer de beaux maillots.

La sécurité ne fait pas de zèle. La fouille est moins poussée que pour un derby della Madonnina. Je suis en Monte Mario, un secteur plutôt « calme ». Il y a même deux Romanisti deux rangés plus bas. Ils n’ont pas d’écharpe, mais leur comportement les « trahit ».

L’Olimpico n’est pas plein. La billetterie pour Tevere et Distinti Sud n’a pas été entièrement ouverte. Secteurs réservés, vente sous conditions (cartes de fidélité, pas sur Internet pour certains secteurs), tarifs… Le derby di Roma rassemble 50 000 personnes en ce 2 mars. Une bonne affluence dans l’histoire récente mais loin des « grands derbys ».

Qu’importe, les deux Curve mettent l’ambiance. Chants, insultes, petites banderoles. Mais pas de chorégraphie comme à Milan par exemple où les tifosi travaillent durant des semaines, des mois, à un tifo original pour afficher son orgueil et « chambrer » le cousin.

Un Olimpico en délire

La Roma, 5e et vainqueur à l’aller, se déplace donc chez la Lazio, 6e. Un parfum de lutte pour la Champions League flotte dans l’air. Un simple additif à la suprématie sur la ville, remise en jeu à chaque derby. La rencontre est agréable. La Lazio mérite d’ouvrir le score, avant de davantage subir en seconde période.

La délivrance est arrivée par Immobile, diminué mais entré pour apporter sa détermination. Un but dédié à son épouse qui attend un heureux événement. Puis l’explosion sur le but de Cataldi, également lancé en seconde période par Simone Inzaghi.

Le Mister de la Lazio est un spectacle à lui tout seul. Placé presque derrière sa zone technique, j’ai pu le voir bondir, haranguer ses joueurs, les féliciter, leur parler, les toucher, les congratuler à leur sortie. Il transpire la passion.

Victoire sans appel. 3-0, la seconde fois de l’histoire du derby en Serie A qu’une telle différence est en faveur de la Lazio après 2006 (déjà 3-0). Les joueurs fêtent ce succès devant la Curva. La liesse dure plusieurs minutes.

Un pur délire. Vingt minutes après le coup de sifflet final, les tifosi laziali sont toujours « freed from desire » dans un Olimpico qui est tout à eux. La sécurité essaye avec le sourire d’évacuer les tribunes. Mais la seule réponse est Nanana Nanana. Une belle conclusion pour une soirée de Gala…

Pazzia e bellezza

Lorsque je sors du stadio Olimpico, il est presque 23 heures. Les Romanisti se font rares. Certains sont en train de manger un panino, de boire une bière, le regard dans le vide, les mots manquent.

Au contraire, la fête s’est poursuivie dans la città eterna jusqu’au bout de la nuit pour les biancocelesti. Un pur bonheur, tra pazzia e bellezza. Qu’importe la fin de la saison, le classement final, la ville est à eux pour quelques mois. Une città celesta. Et mon cœur de Romain épisodique est un peu plus biancoceleste après cette soirée qui « restera dans l’histoire de la Lazio » dixit Simone Inzaghi.

Un baptême réussi. Je suis converti à la religion derby della capitale. Amen.

  • Une vidéo résumant ma soirée à l’Olimpico.

La fête des tifosi à Ponte Milvio (vidéo di site La Lazio siamo noi) : lien ci-dessous.

https://www.dailymotion.com/video/x73f93t

En bonus, le tube de Gala et un des hymnes des supporters de la Lazio, freed from desire, que j’ai dans la tête et dans les oreilles dans le train alors que j’écris ces lignes.

Le derby della Madonnina, un jour à part à Milan

La Madonnina, qui trône fièrement au sommet du Duomo de Milan, est célébrée deux fois par an, au moins, par les supporters de la cité lombarde. Ses deux équipes, rivales depuis 1908, s’affrontent pour le derby della Madonnina aussi appelé Derby di Milano. Cette 169e édition en Serie A était très attendue.

Avec la trêve internationale, cet Inter-Milan a occupé les médias italiens pendant deux semaines. Tous les sujets y sont passés. Les comparatifs entre les effectifs, les deux clubs – l’Inter chinoise contre le Milan désormais sous pavillon américain -, les histoires passées, les interviews des anciens, même un comparatif des wags, les femmes des joueurs.

Le 21 octobre arrivé, la ferveur était à la hauteur en ville, centre névralgique d’un jour du Calcio.

Milan, capitale économique de l’Italie, la bourse, les grandes entreprises, le quartier de la mode : Prada, Versace, Dolce & Gabbana sont chez eux. Une histoire riche et une modernité clinquante qui se conjuguent. Porta Nuova, à quelques pas de corso Como et de Brera en est l’illustration. Des travaux – toujours en cours – qui subliment cette zone.

Les deux clubs de la ville sont entre ces deux courants. Un passé glorieux, un présent à (re)construire, pour s’imaginer un avenir radieux. Alors que la Juventus écrase le championnat depuis sept ans, l’Inter vient tout juste de ramener la Champions League à Meazza. Cinq années de diète. C’était Milan à l’époque.

Chambrages et flocages

Des maillots Nerazzurri et Rossoneri partout dès le matin. Un Duomo pris d’assaut par les Milanais et les touristes. Les boutiques des deux clubs, situés à quelques mètres de la célèbre place, ne désemplissent pas. Les flocages se font à la chaîne. Icardi, Nainngolan, Higuain, Romagnoli… Comme chez les glaciers, il y en a pour tous les goûts.

Même engouement dans le métro. La ligne mauve entre chants et discussions se remplit à mesure que le compte à rebours s’égraine. Les « Forza Milan » et « Forza Inter » s’échangent, avec des provocations, des sourires.

L’Inter avait la supériorité numérique un peu partout. L’avantage d’être à la maison pour la manche aller et la dynamique récente (l’affluence des Nerazzurri à domicile était supérieur de 14 000 personnes en moyenne cette saison avant le match).

Pour trouver des billets, il ne reste que le marché noir. Depuis un moment, le stade est annoncé comble. 78.275 spectateurs pour une recette de 5.027.166 euros. Avant la partie, le trésorier de l’Internazionale pouvait déjà se frotter les mains, en pensant à un total comparable lors de la venue du Barça, le 6 novembre, en Ligue des Champions.

Le soleil, timide en ce dimanche, quitte la scène. San Siro, de loin, en sortant du métro ou du tramway, est encore plus beau dans l’obscurité. Il semble prêt à décoller. Écharpe souvenir à 10 euros et/ou panino porchetta, les stands ne désemplissent pas autour. La queue est vertigineuse à chaque porte pour entrer dans l’arène, toujours dans un climat bon enfant.

Histoire de famille

Justement, les familles sont nombreuses. Les parents avec deux, trois enfants, parfois de moins de 5 ans. En Italie, le virus se transmet dès le plus jeune âge, en allant au stade. Il arrive qu’un maillot rossonero se glisse dans une famille nerazzurra et inversement. Rébellion temporaire ou amour éternel pour le voisin, qu’importe. Le ballon rond rassemble pour un jour. Pour toujours.

La partie, en revanche, n’a pas marqué le retour des derbys d’antan, souvent haletant, lorsque les deux équipes luttaient pour le titre. L’Inter a dominé sans désarçonner une timide formation milanaise. Près de 60% de possession, une ligne de récupération haute. Même la blessure de Nainggolan au bout de 30 minutes n’a pas déréglé la machine de Spalletti, plus agressive, ambitieuse. Il a manqué un peu de réalisme (transversale de De Vrij) et de précision dans les derniers gestes pour voir l’Inter prendre le contrôle.

Et alors que l’on se dirigeait vers un rare 0-0 (qui fut le score au retour chez la « casa Milan » lors du précédent exercice), les Nerazzurri ont arraché la décision dans les derniers instants. Un centre de Vecino mal jugé par Donnarumma et Icardi est venu délivrer les siens (92e). Sa cinquième réalisation face aux Diavoli. Et déjà le septième but interiste marqué dans le dernier quart d’heure cette saison !

Ce 33e succès des Nerazzurri en 89 derbys « à domicile » (pour 26 défaites et 30 nuls) n’est pas le plus beau dans le jeu, mais, par son dénouement, il restera marquant, pour les tifosi de cette Pazza Inter. Les supporters de l’AC Milan se sont éclipsés, laissant leurs meilleurs ennemis exulter de longues minutes avec leurs joueurs, puis en descendant les tours du stade, pour quitter le quartier de San Siro. Et rentrer chez soi, ou se retrouver dans un bar pour fêter ça.

Biscione contre Diavolo

Un match vraiment à part à vivre en tribunes. Ce n’était pas mon premier derby della Madonnina. Mais c’est tout comme. Le charme ne se dissipe pas. San Siro n’est pas surnommé la Scala del calcio pour rien.

Des tifos sublimes des deux Curva. Au Nord le Biscione, un des symboles de la ville de Milan, a la langue tendue apeurant trois diablotins. Et la réponse de la Sud avec un Diable qui découpe un serpent, le biscione interiste. Puis des chants, deux fausses joies avec des buts refusés pour hors-jeu jusqu’à cette folle dernière minute…

Je vous propose de revivre en vidéo l’ambiance de ce classique du football italien.

Ça continue le lendemain

Ce lundi matin, au travail, à l’école, au café, le derby a continué à alimenter les discussions. Avant de prendre mon train, j’ai souri en regardant un marchand de journaux mimer la sortie de Donnarumma à un client. Il maudissait le jeune Gigio. Son compère, encore avec l’écharpe noire et bleue autour du cou, portée comme une médaille, pointait le réalisme de son Capitano, ému aux larmes après son but.

Oui, il y’a beaucoup de chambrage, parfois quelques insultes, mais au fond, ce n’est que de l’amour pour le foot et cette ville aux deux clubs protégés par une même Madonnina. Ce 21 octobre, elle était nerazzurra. Rendez-vous le 17 mars 2019. Pour le 170e. Et tout recommencera, comme la première fois.

Mauro Icardi va enfin voir les étoiles

« E quindi uscimmo a riveder le stelle » – Et dès lors, nous sortîmes revoir les étoiles – est le dernier vers de l’Enfer, la première des trois parties de la « Divine Comédie » de Dante Alighieri. Après avoir traversé le boyau naturel qui relie l’Enfer à la plage du vestibule de l’Enfer, Dante et Virgile admirent le ciel étoilé de l’autre hémisphère : « Un pur bonheur du regard ». Une phrase ayant inspiré la campagne d’abonnement de la saison de l’Inter au slogan éloquent: A riveder le Stelle. Oui, les Nerazzurri vont revoir les étoiles de la Ligue des Champions ce mardi soir (18h55) à San Siro après six saisons d’attente et une élimination sans gloire en 8e de finale en 2012 contre Marseille.

Une entrée dans la compétition particulièrement attendue par Mauro Icardi. A 25 ans, l’attaquant argentin va enfin se frotter aux sommets européens. L’occasion pour lui de régler un débat lancinant sur sa place dans la hiérarchie des buteurs contemporains.

À ce sujet, le week-end de Serie A a été cruel pour le capitaine interiste. Durant cette trêve internationale de septembre, la presse italienne a pointé une anomalie : Ronaldo, Higuain et Icardi, annoncés comme trois des candidats au titre de meilleur buteur de Serie A, n’avaient toujours pas trouvé le chemin des filets après trois journées. Dimanche, CR7 s’est offert un doublé contre Sassuolo (2-1), Pipita a marqué à Cagliari (1-1). Et Maurito? Muet face à Parme samedi après-midi. Revenu jeudi des États-Unis, il est entré à la pause (remplaçant pour la première fois depuis janvier 2016) alors que les Nerazzurri ne trouvaient pas la solution. Il n’a pas changé le scénario. 9 ballons touchés et une occasion gâchée. Maigre…

L’Inter s’est même inclinée (0-1) sur une frappe de Dimarco, produit de la formation interiste et trimballé chaque été dans un nouveau club. Une deuxième défaite en quatre journées qui fait désordre pour un candidat au podium, surtout juste avant de retrouver la Ligue des Champions…

Le néant en Europe…

Justement, samedi matin, la Gazzetta dello sport, dans son supplément hebdomadaire Sportweek, a comparé le bomber de l’Inter (qui affichait son torse tatoué en Une) avec les références en Europe. Les dix meilleurs en course lors de cette C1, écartant notamment Dzeko et Lukaku de la liste. Et cette question, Icardi est-il un buteur de Champions? A la lecture, outre des profils variés et souvent plus complets que l’Argentin, Suarez, Falcao, Agüero, Lewandoski, Cavani, Costa, Kane, Firmino, Benzema, sans parler de Ronaldo (meilleur buteur de l’histoire), ont tous un bilan positif (voir le tableau en fin d’article). Cette absence en Ligue des Champions est souvent reprochée à Icardi. Cependant, Harry Kane, Roberto Firmino et Romelu Lukaku, de sa génération, étaient aussi inexistants ou presque sur la prestigieuse scène européenne il y a un an. Ils ont inscrit respectivement 7, 10 et 5 buts la saison passée pour vraiment s’installer dans le paysage.

Autre point, le jeu. Icardi est un attaquant à l’ancienne, qui a besoin d’un collectif qui tourne autour de lui, qui travaille pour le servir dans la surface où il est souvent chirurgical. Installé seul en pointe depuis des années, il décroche peu, touche en moyenne une vingtaine de ballons dans le match.

… mais au paradis en Serie A

Seulement, en championnat, les chiffres parlent pour lui : 110 buts en 193 rencontres de Serie A. L’Argentin fait le bonheur des Lombards depuis 2013. Il a été l’artisan majeur de la 4ème place avec 29 buts la saison passée, capocannoniere avec Ciro Immobile. Le Laziale partage d’ailleurs ce manque de reconnaissance hors de la Botte (4 buts en 10 matches de C1 et 7 buts en 33 sélections). Coupes comprises, Icardi a même inscrit 107 buts en 185 parties sous le maillot interiste. Dont 6 en 15 rencontres d’Europa League, son seul vécu continental, sur deux saisons.

Le numéro 9 souffre dans son parcours de la perte de rayonnement de l’Inter. Après six ans de diètes, les Nerazzurri sont donc à nouveau invités à la table des grands. Et le buffet est royal. Barcelone (5 Ligues des champions), PSV Eindovein (1 coupe des champions et 1 coupe de l’UEFA) et Tottenham (1 Coupe des coupes et 2 coupes UEFA).

L’Internazionale, trois Coupes aux Grandes oreilles dans ses vitrines et dernier vainqueur italien de la Champions League, en 2010, la saison du Triplete. Une éternité. Depuis, le club a changé de propriétaire: Moratti a cédé son fauteuil à Thohir en 2013, après 18 années de gestion. L’Indonésien a vendu, en 2016, 70% de ses parts au groupe chinois Suning, tout en gardant (au moins jusqu’à octobre prochain) la présidence. Le club est en restructuration, les déficits sont en réduction, les sanctions du fair-play financier devraient s’arrêter en juin 2019, les recettes ont ainsi doublé en un an sous l’impulsion de la holding de Zhang Jindong.

Mais une chose est stable sur ces derniers exercices : Mauro Icardi est l’étoile intériste. Il culmine en tête des ventes de maillots, même si Radja Nainggolan est venu le concurrencer cet été. Leur relation, à peaufiner, est censée être au cœur du jeu offensif de Spalletti. Le Belge, ardemment désiré par le technicien toscan, est le plus expérimenté de l’effectif en Champions League (24 parties). Un peu de vécu acheté cet été (aussi 21 matches pour Asamoah, 12 pour Vrsaljko, 6 pour Keita).

Au purgatoire en Argentine

Mauro Icardi est-il prêt à passer ce dernier palier cette saison? Son entame discrète intrigue alors que tout semblait réuni pour qu’il soit en forme. Un été à se reposer, une préparation suivie (juste quelques alertes musculaires) et il n’a pas agité le mercato, malgré une clause de départ jusqu’à mi-juillet à 110 millions qui aurait pu ouvrir l’appétit du Real Madrid ou de la Premier League. Son épouse-agent Wanda Nara négocie même une prolongation de contrat (pour passer de 5 à 7 ou 8 millions par saison jusqu’en 2023).

Résultat, on l’a vu, aucun but en 3 matches (225 minutes). Son pire début de championnat depuis qu’il joue en Italie. Il a même manqué le seul succès de la Beanamata à cause d’une fatigue musculaire avant la partie à Bologne (0-3, le 1er septembre).

Dans la foulée, il a aussi été dispensé du premier match de l’Argentine (3-0 contre le Honduras) puis a disputé 85 minutes face à la Colombie (0-0, 12 septembre). Une cinquième sélection en cinq ans et toujours pas de but avec l’Albiceleste, l’autre bémol de sa carrière. Il a carrément été “oublié” de 2013 à 2017, payant notamment sa relation avec l’ex femme de Maxi López, qui a fait polémique. Il s’était même fait tatouer sur le bras les prénoms des trois enfants que Wanda Nara a eu avec Lopez. Les compatriotes qui avaient partagé l’attaque de la Sampdoria en 2012-2013. Chacun a changé de club pendant l’été. Puis un tweet en octobre 2013 où Icardi avait déclaré publiquement sa flamme pour la modèle…

Depuis, ils affichent un parfait amour et ont eu deux enfants. « Ma relation avec Wanda n’est un sujet qu’en Argentine, s’était plaint l’attaquant en 2016. En Italie, il y a déjà trois ans que si on parle de moi, c’est pour ce que je fais sur le terrain. En Argentine, ils cherchent la merde… Ils ne disent pas : « Regarde ce jeune qui met tant de buts ! », ils disent : « Regarde, c’est celui qui est avec Wanda Nara… Celui qui a foutu la merde en volant la fiancée de son ami. » » Pas totalement parano Mauro. Exemple avec Diego Maradona qui n’a cessé de l’attaquer avec des sorties du genre : “ Je ne parle pas des traîtres.”

Ainsi, malgré sa meilleure saison, il n’a pas été retenu pour le Mondial 2018 en Russie par Sampaoli. Cette fois, il aurait surtout payé son style de jeu qui ne conviendrait pas Lionel Messi… Pourtant, Icardi, natif de Rosario comme Leo, a passé une partie de sa formation à Barcelone et grandit en Espagne. Sa famille avait quitté l’Argentine en crise économique pour les Canaries en 2002, alors qu’il avait 9 ans. Maurito a flambé avec les jeunes de Vincidario pendant six ans au point d’être repéré par le Barça et intégré à la Masia. 38 buts en deux saisons avec la canterà blaugrana.

Mais en janvier 2011 Guardiola, qui ne lui avait pas donné sa chance, a accepté sa cession à la Sampdoria. L’Argentin, aux origines piémontaise, ne fera qu’un bref passage dans la Primavera génoise. Il finira la saison en première. Deux matches de Serie B puis la révélation en Serie A en 2012-2013 avec 10 buts, à tout juste 20 ans. L’Inter aura du flair (ce qui n’a pas souvent été le cas à cette époque) et déboursera 13 millions d’euros pour l’acquérir. Un premier but en nerazzurro lord du derby d’Italia pour marquer les esprits (1-1 à Mezzza le 14/09/2013).

Surtout 22 réalisations la saison suivante (meilleur buteur avec Luca Toni) et le brassard lors de l’été 2015, à 22 ans. Une jolie prolongation lors de l’été 2016 et cette déclaration : “Mon désir est de faire une carrière à l’image de celle de Javier Zanetti, Francesco Totti ou Paolo Maldini. Mais je ne peux rien promettre… » Habile.

L’enfer en 2016 avec les tifosi nerazzurri

S’il est aujourd’hui le joueur le plus applaudi au Meazza, tout n’a pourtant pas été rose entre Icardi et les supporters. En octobre 2016, le divorce semblait même consommé. Dans son autobiographie, “Toujours de l’avant”, sortie à… 23 ans, l’avant centre a raconté un incident qui l’aurait opposé à l’un des chefs de la curva nord de San Siro, le 1er février 2015 après une défaite contre Sassuolo. « J’enlève mon maillot et mon short pour l’offrir à un enfant. Un homme lui arrache des mains et me le relance avec dégoût. J’avais envie de le frapper pour son geste de bâtard. Je l’ai insulté. » Plus explicite, il poursuivait : « J’étais prêt à affronter les supporters un par un. Ils ne savent pas que j’ai grandi dans un des quartiers avec le plus fort taux de criminalité en Argentine. Ces supporters sont 50 ? 100 ? 200 ? Pas grave, je leur ramène une centaine de criminels argentins pour les tuer ici à Milan. »

Réponse de la Curva Nord : « En ce qui nous concerne, sa mission ici est finie. (…) Ce livre est ridicule, mensonger et horrifiant. Il nous décrit comme des gens menaçants gravitant autour du club, ce qui prouve que quelque chose ne va pas dans sa tête. Pour nous, Icardi est un jeune idiot, comme beaucoup de joueurs de son âge, mais un bon gars au fond. Simplement, un individu de la sorte ne mérite pas d’être capitaine de l’Inter.« 

Les tifosi avaient enchainé avec une une banderole d’insulte lors du match contre Cagliari (1-2), puis avaient attendu l’Argentin devant son domicile avec un nouveau message : « On est là. Quand tes amis argentins arrivent, tu nous préviens ou tu nous la fais en traître ? » Même Javier Zanetti, légende intériste désormais vice-président, n’était pas venu au secours du Capitano: « Pour nous, les tifosi sont ce qu’il y a de plus important et tout le monde doit les respecter. » Au purgatoire, le joueur avait tenté de déminer le terrain sur Instagram : « Être capitaine est un rêve d’enfant et ce que je cherche, c’est vos accolades après que j’ai marqué un but.»

Si cet épisode est une cicatrice indélébile pour certains membres de la Curva Nord, le temps et les buts ont pansé les plaies auprès du peuple nerazzurro. Il lui reste donc à briller en Ligue des Champions et permette à l’Internazionale d’aller au paradis en sortant indemne de ce groupe de la mort. Certains promettent l’enfer à Mauro Icardi, qui est très discret médiatiquement. Il évite les interviews. Exemple encore ce lundi : Vecino et Skriniar ont accompagné Spalletti au point presse. Comme si son parcours l’avait convaincu que « l’enfer, c’est les autres » pour reprendre l’écrit de Jean-Paul Sartre dans la pièce de théâtre « huit clos ».

La Scala du calcio ne sera pas à huit clos ce mardi soir. 70 000 personnes sont attendues à San Siro pour encourager Icardi et ses partenaires face aux Spurs. A lui de jouer et de marquer pour enfin mettre (presque) tout le monde d’accord.