La méthode Conte décryptée

Antonio Conte est un personnage clivant. Et il n’a pas attendu 51 ans pour le devenir. De sa façon de voir le football à sa personnalité, il ne laisse jamais indifférent. Alors, lorsque je suis tombé, par hasard, sur ce livre, je l’ai pris sans réfléchir. La méthode Conte et ce surtitre : Dans le vestiaire : A la découverte des secrets que personne n’a jamais raconté.  

En plus, l’auteur n’est pas à son coup d’essai littéraire. Alessandro Alciato, journaliste à Sky Sport, a notamment écrit Preferisco la coppa (Rizzoli, 2009), avec Carlo Ancelotti, Penso quindi gioco (Mondadori, 2013), avec Andrea Pirlo ou encore La nostra bambina (Rizzoli, 2016), avec Fabio Cannavaro. Cette fois, le livre est sans le sujet principal. Il s’agit d’une analyse à partir des souvenirs de l’auteur vécus au contact de Conte et des nombreux témoignages de dirigeants, joueurs et journalistes ayant vécu l’entraîneur intensément. 

Car, tout le monde le sait, Conte est à prendre comme il est, sans compromis possible. La famille Zhang, propriétaire de l’Inter le savait avant de lui offrir en juin 2019 un contrat en or de trois ans (à 12 millions d’euros annuels) pour guider le projet nerazzurro. D’autant que Giuseppe Marotta, ancien complice bianconero de Conte, était déjà en place à la direction sportive au moment de choisir le successeur de Spalletti pour passer un cap. 

Antonio Conte n’a jamais accepté que les dirigeants s’immiscent dans ses choix ou reviennent en arrière sur des promesses données, n’a jamais laissé un joueur prendre ses distances avec le projet. L’ancien milieu est un commandant qui impose sa vision et préfère mourir avec ses idées ou s’en aller que se renier. 

Un exemple? Arturo Vidal fut le joueur l’ayant fait évoluer du 4-2-4 de ses débuts au 3-5-2. Il était intransférable à la Juve, il l’a voulu dès son arrivée à l’Inter et l’a obtenu lors de l’été 2020. Malgré des prestations décevantes et des erreurs pesantes (surtout en Ligue des Champions), le technicien soutien son soldat. Au contraire, Christian Eriksen n’est pas entré dans sa philosophie, a eu deux, trois phrases publiques polémiques et se trouve à l’écart, à jouer les utilités.  

Le Chilien avait tweeté le 31 août 2015 : « Si je devais aller à la guerre, je porterais Conte avec moi. Bon anniversaire Mister ». Un message figurant avant l’introduction du livre. Alessandro Alciato est d’ailleurs honnête dès les premières lignes introductives. « Je me dénonce d’entrée, à moi, Conte plait. » Mais le livre n’est pas (trop) complaisant pour autant. Le lire en ce début d’année 2021, cinq ans après sa sortie, a eu une résonance sur l’actualité. 

Les déclarations récentes de l’entraîneur de l’Inter, signalant que « le club a décidé… a choisi » à propos du mercato hivernal interrogent sur son bien être dans le projet. Surtout une fois le livre refermé et le sentiment renforcé d’un homme extrémiste dans ses idées. Déjà, après la finale perdue de Ligue Europa (3-2 contre Séville), en aout 2020, le technicien avait pris ses distances, laissant planer un doute sur sa permanence sur le banc nerazzurro. Un air de déjà-vu. Finalement, une longue réunion semblait avoir éloigné les nuages. Mercato limité (pertes financières liées au covid…) mais pas d’obligation de gagner. Pourquoi les critiques grandissantes et cette nouvelle sortie? L’Inter a quitté la scène européenne par la petite porte (4e place de son groupe, incapable de battre le Shakhtar Donetsk) mais est dans la course pour le scudetto. Si l’effectif et le rythme de l’Inter en font l’un des favoris, les résultats face aux autres grosses écuries interrogent sur la force mentale du groupe, qui a été rattrapé par Atalanta (1-1), Lazio (1-1) et Roma (2-2), a perdu contre Milan (1-2) et a battu en tremblant le Napoli (1-0). Le derby d’Italia contre la Juventus, ce dimanche 17 janvier, vaudra plus que trois points. Surtout pour les technicien, ancienne bandiera bianconera (13 saisons comme joueur : 5 scudetti, 1 Champions League… 3 saisons et 3 titres comme entraîneur) mais dont l’histoire d’amour s’est mal terminée. Comme toujours avec lui? 

Buffon éphémère « ennemi intime »

Le premier chapitre du livre revient sur la préparation du dernier match de la saison 2013-2014 (et qui sera aussi le dernier de son aventure à la Juve). La veille, au centre sportif de Vinovo, Antonio Conte n’a qu’une idée en tête. Le titre assuré, il veut passer la barre des 100 points. Il trouve ses joueurs trop tranquilles, insiste lors d’une séance vidéo avant d’affronter Cagliari. Et là, Gianluigi Buffon arrive en retard, parce qu’il faisait le point avec le directeur sportif Marotta sur les primes d’équipe. Une raison ayant fait exploser l’entraîneur. « Vous me faites ch… Et maintenant, sortez, je ne veux plus vous voir, j’ai dit dehors » et de lancer alors que Buffon a tenté un « mais, Mister », « Gigi, tais toi, de cette bouche il ne doit plus sortir un mot. Ne me le fais pas répéter. De toi, je ne me le serais jamais attendu. Les primes… Mais pensez donc, vous êtes des c… Gigi, tu es le capitaine et tu ne comprends rien de rien. Tu es une désillusion, une erreur dès que tu ouvres la bouche. Toi comme tous ces autres déficients. » Puis des « fuori », « vergogna ». Un épisode témoin, de scènes vécues dans chaque club, sur la rigueur extrême qui flirte avec la folie.  

Buffon, son ancien coéquipier qui fut aussi son capitaine en sélection après, revient sur cet épisode dans le livre voyant « un stratagème pour que l’équipe donne le maximum (…) Mais à cet instant j’étais son plus intime ennemi. » Le lendemain, la Juve a gagné 3-0 et fini avec le record de points visé par Conte (102).

La Juve, son talon d’Achille

La suite avec sa Juventus sera un départ et des tensions. Conte a claqué la porte après le troisième scudetto de rang (le club a ajouté les six suivants). Il lui restait un an de contrat, le 19 mai 2014, alors qu’il est officiellement confirmé, il a demandé à être payé jusqu’au 30 juin, abandonnant le reste. Andrea Agnelli n’a pas réussi à le faire changer d’avis lors d’une réunion avec Marotta, Paratici et Nedved. Le divorce sera entériné en 14 juillet. Alciato détaille les motifs : L’entraîneur voulait une seule recrue : Cuadrado (arrivé finalement trois ans plus tard), ne voulait pas entendre parler de départ pour Pogba et Vidal, était contre la tournée estivale en Indonésie, Australie et Singapour et était en guerre contre Claudio Albanese, chef de la communication du club (et proche d’Agnelli). Comme à Bari lorsque le président Mataresse lui a suggéré de passer à trois attaquants après la montée en Serie A au lieu de quatre, comme à l’Atalanta, à Sienne…

Lors de l’interview entérinant sa décision à Juventus Channel il a notamment lâché « Qui a démontré et démontre être un vainqueur supporte très bien la fatigue et les pressions qui en résultent. »

Depuis ce départ, la Juventus « est son talon d’Achille ». Nommé sélectionneur en août 2014 (à commissaire technique, Conte insiste pour être appelé entraîneur de l’Italie), il verra les portes du centre d’entraîneur du club s’ouvrir en avant-dernier alors qu’il fait un tour des clubs de Serie A et qu’il vit toujours à Turin… Une guerre froide proche d’exploser en mars 2015. Lapo Elkann au détour d’une interview lâcha : « J’ai besoin de comprendre pourquoi en Nazionale les joueurs travaillent autant? » L’un des héritiers de la famille Agnelli a attaqué au moment où Marchisio, milieu bianconero, s’est blessé lors d’un entraînement à Coverciano. Conte a découvert cette phrase en interview avec Alciato avant le match contre la Bulgarie. Il est entré dans une colère noire, frappant les portes une fois la caméra éteinte. Sa réponse en conférence de presse fut plus posée :  « Ce n’est pas moi qui les faits travailler trop, ce sont eux qui ne les font pas travailler assez. » Mais le sélectionneur est hors de lui, se sent « visé » avec » toujours la Juve au milieu ». Et le président de la Fédération Carlo Tavecchio de lui rappeler « mon ami… je ne veux les démissions de personne ».

D’autant que sa nomination comme sélectionneur fut compliquée à concrétiser. Le président de la FIGC a dû négocié longtemps avec cet homme qui « coûte tellement » (première réponse de Conte au téléphone)  pour être le successeur de Prandelli au sortir d’un Mondial 2014 raté (élimination au 1er tour). Finalement, un montage construit par Giulia Mancini pour contenter tout le monde : 2 millions de salaire (1,5 de Prandelli plus 0,5 du coordinateur technique Sacchi parti avant) et 2 millions via 4 sponsors (contre les droits d’images du technicien, Puma fut le premier à signer). Deux ans plus tard, il n’y aura pas d’accord, malgré le souhait de Tavecchio de continuer avec lui. Après l’Euro 2016 convaincant, Conte s’est envolé comme prévu pour Chelsea.

A prendre ou à laisser

Le parcours en Nazionale aurait pu être entaché par un match ancien, revenu comme un boomerang lancé par le procureur de la république de Crémone. Conte avait été suspendu sportivement 4 mois pour ne pas avoir dénoncé la fraude du match AlbinoLeffe-Siena de mai 2011, dans le cadre du scandale de matchs truqués du Calcioscommesse de Serie B. Après la justice sportive, la justice ordinaire a frappé à la porte alors que l’Euro était en approche. Conte a tout fait pour qu’un procès ne vienne pas interférer la compétition et porter « la Nazionale dans le caos ». Il a envoyé un mémoire au procureur Roberto di Martino pour expliquer sa position, se défendre des rumeurs et mensonges visant celui qui était alors coach de Sienne. Il sera finalement acquitté en avril 2016.

La Nazionale comme un hôtel

Candreva et Giaccherini sont des exemples du joueur Conte-compatible, qui semble se sublimer au sein du schéma de jeu particulier … Matteo Darmian est un autre joueur que l’entraîneur apprécie depuis longtemps, adapté à son système et à sa mentalité. Il l’a eu en Squadra Azzurra, l’a voulu à Chelsea avant de le retrouver cette saison à l’Inter. Le piston se souvient du premier discours de Conte sélectionneur en septembre 2014: « En Nazionale, les portes sont tournantes comme dans un hôtel, on peut très vite retourner à la maison. » Et d’ajouter « N’oubliez jamais une choses, quand vous endossez la tunique de l’Italie, vous représentez un pays entier. Honorez-là, Honorez-le. »

Lui appliquera les mêmes méthodes, toujours à chercher la perfection. La vidéo est son outil préféré, qu’il utilise bien plus que la moyenne, mais il contrôle ses joueurs dans tous les domaines, dès le matin. « Quand des athlètes de haut niveau s’affrontent, la marge entre victoire et défaite est très petite. Donc, quand tout le reste est similaire, l’alimentation peut faire la différence entre victoire et défaite. » Un message sur la table des matières devant quatre tables pour le petit-déjeuner. Des inscriptions claires en gras, en majuscule, en rouge (protéines, gras, glucides dans les blocs conseillés), avec les combinaisons à faire. Comme sur le terrain, le schéma alimentaire est à suivre. Une rigueur qui se prolonge devant la presse. Conte est parfois agressif afin de défendre son équipe des jugements, des critiques des médias, des tifosi, des autres équipes. 

En fait, le communiquant est comme le technicien selon Alessandro Vocarelli (directeur du Corriere dello Sport). « Un maestro de la tactique. Il étudie sa communication avec la même attention qu’il prépare une partie. Ses paroles sont les extérieurs, d’où part le jeu pour donner de la profondeur, de l’ampleur au discours. Les adjectifs sont les milieux qui servent à donner de la vigueur à un concept. Son fameux « agghiacciante » est l’adjectif symbole, l’homme de référence. Et puis, les décibels sont ses grands attaquants. »

A travers son parcours d’entraîneur, surtout la fin à la Juventus et comme sélectionneur de l’Italie, Alessandro Alciato a dressé en novembre 2015 le portrait d’un homme à part dans le microcosme du football circus (comme dirait Stéphane Guy). Un homme qui ne lâche jamais, qui est « à prendre ou à laisser » comme l’explique Vittorio Oreggia (ancien directeur de Tuttosport) dans un chapitre. Il doit toujours trouver un adversaire contre qui jouer, un ennemi contre qui combattre.

Mettre fin à la série de scudetti de la Juve – qu’il a entamée de 2012 à 2014 – à la guide de l’ennemi historique, l’Inter, aurait à n’en pas douter une saveur particulière pour Conte. « Il a un diable par cheveux et ceci n’est pas une boutade, conclut le journaliste. C’est son secret. Simplement le principe de sa méthode. »

Metodo Conte. Dentro lo spogliatoio: alla scoperta dei segreti che nessuno ha mai raccontato di Alessandro Alciato (Edition Vallardi, 2015)

Le panettone, la douceur de Noël

« C’est Noël et sur les Navigli, comme dans le centre de Milan, on ne peut plus entrer dans les magasins : les maigres ou les gras salaires consentent à tous, une foule ingénieuse à la recherche d’un bonheur qui n’existe pas, ou du moins qui ne s’achète pas. Cette année, j’ai éteint les bougies; tout le monde m’a invité, mais cette nuit-là, je ne ferai rien de différent, rien que je ne fasse toujours, comme lorsque j’étais enfant; à la limite, on changeait de pièce, on allait de la chambre à la salle à manger pour voir si Jésus était arrivé, et pour manger le panettone, qui s’appelait alors « el pan de Toni »… »

Il suffit de lire ces quelques lignes de la poétesse Alda Merini dans Avvenire en 2006 pour comprendre le poids du panettone dans la tradition de Noël en Italie, particulièrement à Milan, sa ville d’origine.

Vous l’avez sans doute déjà croisé, peut-être même goûté. Il se trouve facilement à l’étranger. Le Pérou l’a même adopté toute l’année. Présentation.

Plusieurs histoires narrent la possible création de cette brioche. Ma préférée? Elles sont deux.

Le panettone serait nait d’une erreur, comme de nombreux plats (et pas que). Au XVe siècle Ludovico « Il Moro » Sforza organisa un repas pour les fêtes de Noël. Le cuisinier et son assistant « Toni » (le prénom est important) auraient fait bruler le dessert. Alors, à la hâte, Toni inventa une recette avec les ingrédients qu’ils avaient sous la main. Le duc et les invités furent conquis. Et le cuisinier, au moment de dire le nom de ce dolce lâcha « L’è ‘l pan del Toni». Le pain de Toni, da allora è il « pane de Toni », ossia il « panettone ».

Plus romantique, un noble milanais, Messer Ulivo degli Atellan, était amoureux d’Algisa, la fille d’un boulanger qui s’appelait « Toni ». Pour être proche d’elle, il se fit passer pour garçon de cuisine auprès du père qui l’embaucha. Et il inventa un dessert avec la meilleure farine du moulin, des oeufs, du beurre, du miel et des raisins secs. Le succès fut immédiat. Les deux jeunes amoureux se marièrent et vécurent heureux.

Ou alors, il s’agit juste d’un pain amélioré, créé au 13e siècle, comme cela se fait dans d’autres régions d’Italie et dans d’autres pays et qui a connu des évolutions? Qu’importe. Le panettone est devenu LE dessert de Noël symbole en Italie, même s’il est moins incontournable dans le sud et que ses cousins du nord le pandoro (sans garniture à l’intérieur) et la veneziana (avec glaçage mais sans raisins secs) tentent de lui voler la vedette sur certaines tables.

La truculente et spirituelle Luciana Littizzetto a écrit « Pandoro ou panettone? […] Une chose est certaine. Si vous choisissez le panettone, ensuite vous le mangez. Tout. «Eh, mais je n’aime pas les raisins secs et les fruits confits me rendent malade.» Voilà. Alors mange le pandoro. La vie ne nous réserve presque jamais des alternatives. C’est un cas rare, alors profites-en. »

Format familial chez Princi

Mais le panettone est bien le numéro un, consommé par 10 à 12 millions de familles italienne chaque année. Et si les supermarchés totalisent la majorité des 26 000 tonnes vendues, l’artisanat fait mieux que résister (109 des 209 millions d’euros générés en 2019, selon une étude CSMBakery et Nielsen).

Le groupe Negramaro l’a, lui, chanté dans Polvere : « Ce qui ressemblait à de l’amour n’était qu’une habitude vêtue de fruits confits et mûrs comme un panettone qui à Noël n’oublie pas qu’il finira bientôt. »

Il est artisanal ou industriel, sous toutes les formes, à tous les poids (de miniature à plusieurs kilos) et à tous les goûts. Comme pour le fromage ou la charcuterie, il a fallu légiférer pour le protéger. Un décret du ministère des politiques agricoles et des activités productives en 2005, a établi que le panettone est : « un produit de pâtisserie à pâte molle […] de forme ronde à croûte supérieure gercée et coupée de manière caractéristique ». Pour être appelé panettone, le gâteau doit contenir de la farine de blé, du sucre, des œufs, de la matière grasse, du levain naturel, du sel, des raisins secs et des écorces d’agrumes confits en quantité non inférieure à 20%. »

La créativité des pâtissiers n’avait pas attendu ce décret pour s’emparer de ce mets et le revisiter et encore aujourd’hui, l’appeler panettone malgré la présence de chocolat, cacao, caramel, ricotta, liqueur, pistache, citron, kiwi… sans parler des versions salées. 

Concours et sospeso à Milan

Dès octobre, il pousse dans les vitrines pour s’installer partout en novembre. Il faudrait une vie pour tester tous les panettoni de Milan. Je ne ferai pas un classement, par respect pour les artisans que je ne connais pas. Marchesi, Martesana, La Primula, Pattini, Fusto, Cova, Baunilla, San Gregorio ou encore Princi sont, à ce jour, mes pâtisseries préférées.

Asselle vainqueur de la version chocolat et le classique de chez Vanilla Prelibata.

Les initiatives sont nombreuses dans sa ville de naissance. Par exemple,  le panettone day, un concours à l’automne pour élire les meilleurs « d’Italie »  suivant différentes catégories (classique, créative, chocolat). Les finalistes sont en vente dans un magasin temporaire en centre-ville. 

Le panettone sospeso, un dérivé du caffè sospeso de Naples. « Milan col coeur in man », dicton meneghino (Milan avec le coeur en main) pourrait être lemessage de cette initiative lancée en 2019 qui consiste à acheter un panettone et le laisser « suspendu » pour une personne n’ayant pas les moyens de s’offrir ce dessert pour les fêtes. En plus, cette année, l’artisan (14 ont adhéré, trois de plus que l’an dernier) ajoute un panettone au panier : « un geste d’amour avec les pieds sur terre » est le slogan.

Panettone caramel de chez Baunilla.

L’an dernier 1 644 panettoni ont été offerts. Une hausse est attendue cet hiver. Ils seront distribués juste avant les fêtes alors que la « spesa sospesa » est aussi présente dans de nombreux supermarchés pour laisser des biens alimentaires, là aussi, « suspendus » pour qui en a besoin. La banque alimentaire « banco alimentario » de Milan et d’autres associations ont noté une forte hausse de l’affluence cette année, allant bien au-delà des sans-abris. Les files devant les centres, avec distance et masques, rappellent cette triste réalité, bien loin de l’affolement dans les rues pour acheter les cadeaux. 

Et il n’y a pas de date limite. Le panettone, même artisanal, se conserve bien et se savoure réchauffé au petit déjeuner. Comme l’a écrit Fabio Volo, dans Il tempo che vorrei (2009), « Dopo Natale si mangiava panettone per settimane perché errano in offerta, tre al prezzo di uno (Après Noël, on mangeait du panettone pendant des semaines parce qu’ils étaient en offre, trois pour le prix d’un).

Trois bonnes raisons de céder à la tentation, surtout en cette année particulièrement rude émotionnellement, économiquement, sans parler de la santé. Comme l’a écrit Luciana Littizzetto, panettone ou pandoro : « Manger, dormir, rien de plus. »

Prenez soin de vous et de vos proches, même à distance.

Bon panettone, bonnes fêtes.

(1) È Natale e sui Navigli, come in centro a Milano, non si riesce più a entrare nei negozi: i magri o i lauti stipendi consentono a tutti una ressa ingenerosa alla ricerca di una felicità che non c’è, o che almeno non si compra. Io quest’anno ho spento le candele: tutti mi hanno invitato, ma quella notte non farò nulla di diverso, nulla che io non faccia sempre, proprio come quando ero bambina; al limite si cambiava stanza, si andava dalla camera al tinello per vedere se era arrivato Gesù, e per mangiare il panettone, che allora si chiamava “el pan de Toni”…

Décembre est arrivé à Milan, silencieux…

2020 est sur le point de se fermer et Milan prépare les fêtes presque comme si de rien n’était, avec les rues illuminées. Comme chaque année, en attendant la Sant’Ambrogio (le saint patron de la ville, célébré le 7 décembre), les décorations s’installent, les noms des rues s’affichent fièrement au début des guirlandes, les sapins s’allument les uns après les autres. Cette année, retour à la tradition piazza Duomo. Après le cône de 37 mètres Esselunga qui proposait d’entrer dans l’arbre pour voir le Duomo à travers les lumières, un sapin vert « Coca-Cola » (c’est aussi ça le 21e siècle) qui envoie ses ondes lumineuses jusqu’au ciel pour « transmettre l’énergie vive du coeur de Milan ». Des vrais sapins entourent le géant vert et seront replantés après les fêtes. Il sera officiellement inauguré le 8 décembre avec une diffusion online (Coca-Cola s’associe à la banque alimentaire pour offrir des repas aux personnes défavorisées). Un des dix-huit sapins de Milan qui organise « le Noël des arbres ». Bien vu pour une ville ayant annoncé cette année vouloir planter dans sa métropole 3 millions d’arbres d’ici 2030 via son programme Forestami.

La Rinascente.

Oui, Milan regarde toujours vers le futur. Une habitude, qui lui a joué des tours au printemps. 

Milan ne voulait pas s’arrêter (#MilanoNonSiFerma) en février alors que les cas commençaient à se déclarer avec inquiétude. Elle fut obligée en mars, comme le reste du pays. Parce que la Lombardie, le poumon économique de l’Italie, était au coeur de l’épidémie, le premier foyer important de Covid-19 en Europe. Parce que les bruits des ambulances coupaient le souffle et fendaient même les bruits et mouvements du confinement, des files au supermarché, du télé travail avec les enfants à la maison, des recettes de cuisine avec les célébrités sur Instagram et des chants aux fenêtres.

San Babila.

J’ai vu Milan se relever de loin, puis quelques jours de près, avant de m’y installer et d’espérer comme tout le monde une vie normale. Les musées et les théâtres n’ont pas résisté car la deuxième vague est aussi passée par là. Malgré les efforts, il y a eu du relâchement. Les apéritive ont repris, comme les déplacements pour le travail et le plaisir… La vie. Une vie qui s’est à nouveau ralentie en novembre avec une Italie divisée en trois couleurs. Première région en nombre de cas, des thérapies intensives à nouveau sous pression, la Lombardie s’est retrouvée en rouge et Milan avec plus d’un million de travailleurs a concentré toutes les inquiétudes. L’auto-certification était de retour. Mais cette fois, les coiffeurs et les libraires sont restés ouverts. Il a fait beau en novembre. Le brouillard semblait aussi confiné. Les parcs étaient fréquentés mais dans le respect des règles et la courbe a commencé à s’inverser. La région, qui était contre son placement par le gouvernement en zone rouge, a obtenu une réévaluation après trois semaines.

Via della Spiga

Décembre s’ouvre en orange. Les commercent ont rouvert, en attendant les bars et les restaurants si la région passe au jaune. Les achats de Noël créent du mouvement. La neige a déposé ses premiers flocons, le 2 décembre, créant une joie infantile en ville. Même si elle n’a pas tenu, elle a provoqué des sourires qu’on devinait à travers les masques et des photos pour partager ce plaisir simple pour se rattacher à un point de normalité d’une fine d’année. A la normalité de la vie.

La lecture d’un texte en dialecte milanais (avec la traduction italienne, je vous rassure), Decèmber d’Amalia Gola-Sola, m’a inspiré. Et cette phrase : « E decèmber l’è vegnuu silenzios, pian in la nòcc; cont la nev l’ha tucc sconduu » (1) 

J’adore Dior, qui illumine la via Monte Napoleone.

J’ai fait un long tour ce mercredi à travers les décorations de Noël qui éclairent une ville tombée dans la nuit avant 17 heures. Pour la cinquième année de suite, je vois Milan en période festive. Pour la première fois, je la vis. Si les panetonne sont partout (et délicieux), il manque un ingrédient pour retrouver la douceur de vivre milanaise qui rend ces journées sombres et brumeuses si agréables. Comme le café, le bonheur semble à emporter chez soi. Alors, après le Duomo, Spiga, Brera et Porta Nuova (qui n’était pas encore décoré), je suis rentré en passant par le Parco Sempione. J’ai ouvert les yeux et chassé ces « mais » d’un long souffle. Je me suis même arrêté pour regarder les photos du tour sur le téléphone, malgré le froid qui attaquait mes mains. Que tu es belle Milano.

La rue Solferino, dans le quartier Brera.

Habitué d’y changer d’année, je passerai aussi Noël à Milan pour la première fois. Je ne sais pas à quoi m’attendre. Qu’importe car « je n’ai jamais rencontré de peuple qui convienne si bien à mon âme » pour citer le plus milanais des écrivains français.

Il n’y aura pas de déplacement entre les régions, pas de vacances au ski pour vider les maisons et pas de touristes pour remplir les hôtels. Le Capodanno sera sans spectacle à la Scala ni concert piazza Duomo. Des fêtes silencieuses avec des restrictions par peur d’une troisième vague en janvier et que ce cauchemar se poursuive une année de plus.

Castello Sforzesco.

2021 est sur le point de s’ouvrir et je prépare son arrivée presque comme si de rien n’était. Avec les yeux illuminés. « Ma in decèmber ven Natal, col cappon, e el panatton, e se pensa pù al mal » 

Cé.C, Milano, 2/12/20

(1) Décembre est arrivé, silencieux, doucement dans la nuit, avec la neige il a tout caché.

(2) Mais en décembre vient Noël, avec le chapon, et le panettone et on ne pense plus au mal.

Sassuolo, un miracle construit par la Mapei

Ce dimanche 22 novembre, Sassuolo s’est retrouvé en tête de la Serie A. Ce fut bref : de 15 h 42 à 21h05 pour être précis. Ces quelques heures furent certes anecdotiques puisque seule l’équipe en tête du championnat à l’issue de la journée est considérée comme leader. Vainqueur à Naples (1-3), Milan l’était avant et le reste après cette 8e journée. Mais ce furent les premières heures passées au sommet, mêmes officieusement, donc un moment historique pour un club qui a découvert la Serie A en 2013. Voir Sassuolo invaincu après 8 journées de championnat, avec la meilleure attaque (20 buts, comme l’Inter) peut surprendre. Le calendrier n’a pas été démentiel jusqu’ici avec un seul gros, le Napoli, que Sassuolo a battu au San Paolo (0-2). D’ailleurs, l’équipe de De Zerbi a remporté ses 4 matches en déplacement en ce début de parcours. Le succès dimanche à Vérone, autre équipe révélation de ces derniers mois (0-2) fut un mélange de maîtrise et de réussite (4 poteaux pour les locaux). Un résumé de l’équipe qui séduit le plus en Italie depuis la reprise des compétitions en juin.

Sassuolo n’est pas un grand nom du calcio, avec ses 72 000 tifosi selon la dernière enquête StageUp/Ipsos (juin 2020). Ce n’est pas même pas une grande ville, connue comme la cité de la céramique. 40 000 habitants, le plus faible total de Serie A, mais assez proche des promus Benevento (60 000), Spezia (94000) et Crotone (64000). Sur le terrain, en revanche, les neroverdi sont à la hauteur des métropoles italiennes : Milan, Turin, Rome, Naples… 

Présentation du club centenaire qui s’invite à la table des grands.

Une croissance contrôlée

Créé en 1920, le club de Sassuolo a connu des fusions, des changements de présidence, de couleurs, de noms, de divisions tout en restant dans les championnats régionaux, avec de brefs apparitions en Serie D ou C2. Il était d’ailleurs en Serie C2 au début du siècle, à lutter pour le maintien lorsque GiorgioSquinzi, patron de la Mapei a pris en mains le club. On est en 2002 et l’équipe cycliste à succès portant ce sponsor à 5 lettres vient d’être dissoute. Le dopage avait eu raison de la passion de Giorgio Squinzi, qui continuera ses balades le dimanche avec ses amis et à escalader le Stelvio. Giorgio est le fils de Rodolfo, qui a créé la société à Milan en 1937. Mapei est devenu un leader mondial dans la production d’adhésifs et de produits chimiques pour la construction, avec 2,8 milliards de chiffre d’affaires et plus de 10 000 employés.

Giorgio, passionné de sport (mais aussi d’art contemporain et musique lyrique), s’est tourné vers le football et Sassuolo que sa société sponsorisait depuis des années. Il voulait bâtir, laisser une trace, pas seulement mettre en avant le nom. Malgré ce soutien riche et prestigieux, Sassuolo n’a pas grillé les étapes. Il a dû attendre 2008 pour conquérir le championnat de Serie C avec Max Allegri sur le banc. Son premier titre d’entraîneur, lui ayant ouvert les portes de Cagliari (Serie A), avant le scudetto avec Milan (2011). Stefano Pioli a passé la saison 2009/2010 à Sassuolo (4e place), mais c’est Eusebio Di Francesco qui a fait franchir la marche suivante en obtenant le titre de Serie B en 2013 et donc une montée historique en Serie A. Il a installé le club dans l’élite, malgré un renvoi en janvier de la première saison et un rappel 5 matches plus tard (5 défaites pour Alberto Malesani). Le maintien est finalement obtenu avant la dernière journée.

La Mapei a mis les moyens

Mapei a doté le club de structures pour accompagner les montées sur le rectangle vert. En 2013, la société a racheté le stade de Reggio-Emilia, construit en 1994 par la Reggiana, le club de la ville (premier cas de stade de propriété d’un club en Italie), qui a enchaîné les déboires financiers durant les années 2000. En 2013, Giorgio Squinzi a acquis l’enceinte pour 850 000 euros, l’a rebaptisé Mapei Stadium – città del Tricolore et a ainsi offert à son Sassuolo un édifice aux normes pour célébrer l’accession à la Serie A (il a été joliment restructuré avec une jauge de 24 000 places). Car l’équipe jouait à Modène depuis 2008 et l’arrivée en Serie B après tant d’années à Sassuolo. Mais le stadio Enzo Ricci n’était pas aux normes du professionnalisme. L’équipe a continué à s’y entraîner jusqu’à l’été 2019 et l’inauguration du centro sportivo Mapei Football Center qui regroupe les pros et les jeunes à Cà Marta (12 millions d’euros de travaux), en périphérie de Sassuolo. Du foncier, des lignes de crédit régulièrement ouvertes et la publicité. Le nom de la société s’affiche partout, stade, centre d’entraînement et bien sûr en gros sur les poitrines des joueurs. Au total, le contrat de sponsoring est de 18 millions d’euros par an, comparable à ce que touche la Juventus et plus que tous les autres gros de Serie A. 5 millions de recettes publicitaires viennent s’ajouter au chèque total de la Mapei (23 millions par saison selon Calcio e finanza), ce qui représente près du tiers des revenus du club sur les derniers exercices. 

Entre 2010 et 2019, Mapei a ainsi investi 270 millions à Sassuolo, dont 200 millions sous forme de contrats commerciaux a détaillé la Gazzetta dello Sport en juillet.Recettes et résultat net de Sassuolo (données Gazzetta dello Sport)

Giorgio Squinzi est décédé en octobre 2019 (à 76 ans) mais ses enfants ont confirmé l’engagement auprès du club et la confiance en l’administrateur délégué (et architecte du projet sportif) Giovanni Carnevali alors que l’historique président Carlo Rossi (et ami de Squinzi) est toujours en place. 

Peu avant sa mort, Squinzi, homme discret, avait rappelé: “Les propriétaires chinois ne peuvent pas avoir le même attachement que les grands hommes du sports comme Moratti, Berlusconi ou Viola.”

Quant à l’hymne du club « Neroverdi », il a été composé en 2013 par Nek, artiste pop-rock qui approche des 30 ans de carrière et qui est né à Sassuolo.

Un effectif dessiné par et pour De Zerbi

Sassuolo en Europe la saison prochaine? Ce ne serait pas inédit. Sixième de Serie A en 2016, l’équipe, encore guidée par Di Francesco, avait obtenu une place en tour préliminaire d’Europa League et avait passé les deux obstacles. La phase de groupes fut plus difficile (4e, 5pts) et la saison en championnat anonyme (12e en 2017). Di Francesco partît pour la Roma. Après une saison neutre avec deux coachs (Bucchi puis Iacchini), Roberto De Zerbi fut intronisé. Un pari car le jeune technicien – qui fut un honnête joueur de Serie B et C, avec aussi un passage à Cluj – avait été brièvement vu en Serie A à Palermo (12 matches dont 9 défaites à l’automne 2016) puis à Benevento, qu’il n’avait pas sauvé malgré un impact reconnu sur le jeu (2017-2018). Il a trouvé en Emilie-Romagne le cadre parfait pour déployer ses idées de jeu ambitieuses et sa philosophie de travail, comme il l’a expliqué dans un excellent entretien au magazine Caviar (retrouvez le podcast calcio espresso avec Jules Grange-Gastinel qui l’a interviewé).

Il n’y a pas de stars, l’effectif est construit sans faire de folies et en profitant des plus-values chaque saison : Zaza (15 millions d’euros), Defrel (14), Sansone et Vrsaljko. (10), Lorenzo Pellegrini (9), ou encore Politano (19) et Demiral (12). Des ventes qui permettent d’acheter et d’augmenter sagement les salaires. Les club a la 13e masse salariale du championnat (35 millions d’euros annuels selon la Gazzetta dello Sport avec comme record 1,5 million pour le vice-capitaine Domenico Berardi). 

Sassuolo compte actuellement 4 joueurs dans le groupe (large) de la Nazionale parce qu’il a su aller les chercher et les faire grandir. Buteur régulier, Caputo (33 ans) est devenu le 3e attaquant dans la hiérarchie de Mancini, mais il était à Empoli il y a moins de 2 ans. Manuel Locatelli (22 ans), acheté au Milan en juillet 2019 pour 12 millions, a explosé sous les ordres de De Zerbi et a remplacé admirablement Verratti au milieu lors des matches de novembre en Azzurro. Il vaut actuellement au moins 40 millions d’euros et tous les grands clubs le scrutent. Sur Twitter, l’ancien milieu Claudio Marchisio, en répondant à une question de Paolo Del Vecchio, l’a qualifié de « certitude pour cette Nazionale » et espéré « qu’un gros club italien croît en lui pour le step définitif ».

Et Berardi enchaîne enfin après quelques ralentissements. L’enfant du club est le meilleur buteur de la Squadra Azzurra en 2020 avec 3 réalisations, devenant un candidat crédible au poste d’ailier droit titulaire en vue de l’Euro. Lui aussi à le profil pour rejoindre un grand club.

Le défenseur Gian Marco Ferrari a profité des blessures pour lui aussi revenir dans le groupe en novembre après 2 ans sans convocation (0 sélection).

Le 15 novembre, la Nazionale a joué à Reggio Emilia et battu la Pologne (2-0) avec Locatelli titulaire, Berardi en remplaçant buteur, Ferrari sur le banc alors que Caputo avait dû renoncer au rassemblement sur blessure. Le matin, une cérémonie devant le stade avait été organisée avec les trois joueurs (mais aussi Bonucci, Magnanelli, Gravina président de la FIGC). L’avenue d’entrée s’appelle désormais Giorgio Squinzi et de la cour principale Adriana Brusholi, épouse du défunt patron et qui était grande fan neroverde.Berardi et Locatelli sous le maillot de la Nazionale le 15 novembre à Reggio-Emilia.

L’équipe actuelle de Sassuolo a également l’accent francophone. Arrivé en 2018, Jérémie Boga a trouvé de la stabilité après des années à enchaîner les prêts via Chelsea. 11 buts la saison passée pour l’international ivoirien. Maxime Lopez vient de s’engager en prêt – convaincu par le technicien – et s’est déjà installé dans le coeur du jeu à côté de Locatelli dans le 4-2-3-1. L’attaquant Grégoire Defrel est revenu et apporte son expérience dans la rotation offensive. Sans oublier au milieu le franco-marocain Mehdi Bourabia et le jeune ivoirien Hamed Junior Traorè (révélation à Empoli la saison passée). L’effectif s’est ainsi construit au fil des années, sans faire de bruit. Marlon, Muldur, Ayhan, Romagna sont d’autres recrutements d’avenir. Alors que l’attaquant Raspadori, formé au club, pousse à la porte et que le capitaine Francesco Magnanelli, au club depuis 2005, est toujours là.

Sassuolo a le 9e effectif en terme de valeur marchande selon Transfertmarkt.

Et maintenant? 

Dimanche, Roberto De Zerbi a freiné l’enthousiasme des médias italiens en refusant de voir son équipe être citée comme candidate au titre : « lI faut faire les gens sérieux. Il y a d’autres équipes qui ont bien plus que nous, à tous points de vue, en ce qui concerne le Scudetto. » La marche est en effet encore très haute pour faire une Hellas Verona (1985) ou une Sampdoria (1991), titrés pour la première et seule fois. La surprise serait encore plus grosse. En revanche, dès le début de saison, il n’écartait pas de ramener Sassuolo sur la scène européenne, alors qu’il a fini 11e et 8e lors de ses deux premières saisons en nero verde et qu’il sera en fin de contrat en juin 2021.

« Je n’ai pas peur de me fïxer des objectifs difficilement atteignables. On peut espérer se qualifier pour une coupe d’Europe », confiait-il à Caviar. Comme le fait de vouloir « entraîner un club parmi les plus grands cadors européens. Mais ce que je souhaite par-dessus tout, c’est le rejoindre en conservant ma philosophie de jeu intacte. Partir pour partir, ce n’est clairement pas pour moi.” 

Une philosophie qui sera mise à rudes épreuves lors des prochaines semaines, alors que les éloges pleuvent actuellement sur lui et ses joueurs. La réception de l’Inter (28 novembre) suivi du déplacement chez l’As Roma (6 décembre) donneront des indications, comme l’accueil de l’(AC Milan (20 décembre), sur les capacités de Sassuolo à se mêler ou non à la lutte pour les places européennes. Et puis il y aura des voyages début 2021 chez l’Atalanta (3 janvier), la Juventus (10 janvier) et la Lazio (24 janvier) pour clore la phase aller. Autant d’occasions d’écrire de nouvelles pages de cette histoire atypique. 

Carlo Pecchi administrateur de la Mapei a glissé dans un entretien que le docteur Squinzi avait fait grandir Sassuolo “depuis la Serie C2 à la Serie A et l’Europa League avec l’espoir d’arriver un jour où l’autre en Ligue des Champions”. Ce jour n’est peut être pas si loin…

Contro il calcio moderno : un réquisitoire pour le football populaire

186 pages résumées en quatre mots. Pierluigi Spagnolo, journaliste à la Gazzetta dello sport (après avoir exercé au Corriere della Sera notamment) a choisi d’aller frontalement contre le football moderne. 

Spécialiste des Curve italiennes depuis plus de 20 ans (il a écrit I ribelli degli stadi, les rebelles des stades en 2017), le journaliste propose un réquisitoire contre l’évolution du football. S’il s’appuie sur l’Italie, il ouvre les yeux sur les voisins européens pour démontrer que tous les pays suivent la même trajectoire. Une trajectoire qui mène à la perte de la passion. Avant le reste? Spagnolo rappelle d’entrée et à la fin que « le football n’est rien sans tifosi », citant le célèbre manager écossais Jock Stein (football without the fans is nothing).

Nous vivons actuellement par l’extrême cette situation. La pandémie de Covid-19 a obligé les ligues et les fédérations à s’adapter pour continuer à jouer. Des matches dans des stades vides, ou presque, un peu partout depuis des mois. Les groupes ultras étaient d’ailleurs majoritairement contre la reprise des compétitions à huis clos en mai/juin. Mais avant, les supporters avaient déjà été mis à rude épreuve. Quelques faits tragiques dans les années 80 et 90 ont « facilité » le mouvement pour « nettoyer » les stades en Angleterre puis ailleurs. Une normalisation sans cesse recherchée face aux actes de racisme et aux débordements de violence. Le tifoso est devenu « l’ennemi public numéro 1 » selon l’auteur qui rappelle que le stade n’est qu’un reflet de la société. Un microcosme, vu à la loupe, avec des excès à condamner mais de là à presque tout rejeter, bannir.

Du supporter au consommateur

Ainsi, le prix du billet est en hausse perpétuelle alors que les nouveaux stades ont des capacités réduites. Simple stratégie de l’offre et de la demande pour remplir l’enceinte avec un public sélectionné. Des « flâneurs », qui viennent vivre une émotion et non plus supporter leur équipe. La Juventus dès 2011 a initié le mouvement en Italie avec son « Stadium » de propriété et limité à 41000 places. L’Inter et Milan veulent aussi leur stade multi-fonctions avec 60 000 places pour 2024 (mais la mairie conserverait la propriété). 1,3 milliard d’euros  d’investissement (50/50 entre les deux clubs) à coté de l’actuel San Siro pour une rentabilité espérée sur trente ans. Plus modestes, Udinese et Atalanta ont racheté et modernisé le stade, mais dans l’ensemble, l’Italie est en retard sur ce processus et « souffre » de stades communaux et vieux. 

Aujourd’hui, le prix moyen du billet est de 69 euros en Serie A, comparable à l’Espagne (70) et l’Angleterre (74). La France (37) et l’Allemagne (32) sont plus raisonnables et ont conservé des règles pour les prix des places visiteurs. En Italie, ces derniers mois, le mouvement des tifosi c’était durci sur plusieurs points. Il peut des parcages vides alors que 50, 60, 70 euros étaient demandés par le club receveur pour un billet. Loin de l’époque où le billet de métro et de stade étaient  comparables…

Message des Ultras de Lecce la saison passée

Conséquence, la courbe des affluences s’est effritée. Après des années 1970/1980 à 35 000 spectateurs de moyenne par match, la Serie A a commencé à perdre du monde dans les années 90, pour arriver à 19 307 spectateurs de moyenne en 2006-2007, alors que les Azzurri étaient tous justes champions du monde mais que le calciopoli avait fait des dégâts sportivement (Juventus en Serie B) et sur l’image du football italien. De 22 200 en 2016/2017, la moyenne est progressivement remontée à 26 000 la saison passée (jusqu’en mars), la preuve que la stratégie moderne  n’est pas inefficace pour conserver une bonne base de public, même si le championnat italien est devancé par les trois autres gros en termes d’affluence et même par la Ligue 1 en taux de remplissage.

Du stade à la télévision

Hausse des prix, tri des supporters pour contenir les « Brigate » et autres groupes nés dans les années 70 mais aussi et surtout l’effet de la télévision. La messe du calcio le dimanche à 15 heures a progressivement disparu. En 1993, Tele+ (lancé en 1990 par des entrepreneurs dont Berlusconi avec Canal+ comme actionnaire majoritaire, avant d’être absorbé par Sky Italia en 2003) a trouvé un accord avec la Lega pour diffuser un match par journée (1,2 milliard de lire par partie, soit 600 000 euros), programmé le dimanche soir. Lazio-Foggia le 29 août 1993 fut le premier match payant de Serie A, devancé en absolu par Monza-Padova, Serie B, la veille. Le pied était mis dans la porte. Saison après saison, la télévision s’est installée dans le paysage  et a imposé ses choix. Les droits TV pèsent pour 59% des recettes (1,4 milliard d’euros) des clubs de Serie A (saison 2019-2020), le championnat le plus dépendant avec l’Anglais.

Alors, les matches sont avancés au vendredi soir, repoussés au lundi. On programme un derby della Madonnina à 12h30 pour le public asiatique, comme l’a fait le Clasico en Espagne. Les grilles tv ont pris le dessus sur le sportif, ne respectant plus l’équité des matches des dernières journées en simultané, quitte à voir des parties de Coppa d’Italia un mardi à 14 heures, pour qu’il soit diffusé sur la Rai, dans un stade bien creux… Et encore, le service public continue de proposer du football professionnel, en plus des sélections. Et Mediaset diffuse une affiche de Ligue des Champions par tour en gratuit. 

Adriano Galliani (ex administrateur délégué de l’AC Milan) en 2006 dans un entretien à Affari e finanza avait expliqué :

« Quand on a acquis le club en 1986, la billetterie représentait 90% des recettes. Aujourd’hui, le mix’ est 60% des droits TV, 25% les sponsors et 15% la billetterie. Les 85% sont à conquérir comme n’importe quelle autre entreprise ». 

D’où les frontières repoussées, littéralement, pour conquérir de nouveaux consommateurs avec les rencontres à l’étranger. L’Italie avait ouvert la voie dès 1993 avec la Super Coppa délocalisée aux Etats-Unis avant de revenir au pays. trop tôt. Depuis quelques années, la question n’est plus si le match entre le champion de Serie A et le vainqueur de la Coppa sera délocalisé mais où. Après la Chine, le Qatar ou la Libye, c’est actuellement en Arabie Saoudite pour 7 millions par saison (et tant pis pour les droits des femmes). Avant des rencontres de championnat? La Serie A, comme la Liga ou la Premier League ont déjà avancé le projet…

La Lega s’est lancée dans la création d’une société « media company » dont 10% seraient vendus à des fonds privés (CVC Capital Partners est en négociation exclusive). La Formule 1 avait ouvert ce créneau avec succès, d’autres sports suivent l’exemple. 

Autre effet du football moderne, le maillot. Ce symbole qui unit sous les mêmes couleurs les amoureux d’un même club, perd de sa splendeur. Ils sont barrés de sponsors (50 en Serie A la saison passée pour 116 millions d’euros) aux couleurs et motifs toujours plus originaux et aux prix en hausse. Sans parler des numéros de maillots jusqu’au 99, des transferts à profusion pour équilibrer les comptes, faire vivre le milieu et qui ont rendu la « bandiera » en voie de disparition…

Le constat est sans appel, le tifoso est devenu un client. Il doit payer sa place, son maillot, consommer le jour du match et pas seulement. Et tant pis, si l’ambiance au stade est froide, ce qui rend pourtant le spectacle télévisuel moins plaisant (il doit d’ailleurs aussi s’abonner aux différentes chaînes pour suivre son équipe). On ne peut pas tout avoir. Le football a choisi l’argent à la passion. Et le projet de SuperChampions évoqué par Spagnolo dans la dernière partie va en ce sens. Depuis des années, les gros clubs laissent planer cette menace d’une ligue semi-fermée. Seulement des grosses affiches, dans des stades modernes et remplis de spectateurs, diffusés exclusivement par les télévisions payantes ou les GAFA. A toujours chercher davantage d’argent, à faire grossir la bulle, le football se coupe de ses racines populaires, qui en ont fait le sport roi. Pierluigi Spagnolo le rappelle avec des faits, citations et chiffres cruellement implacables, même si une thèse opposée, faisant l’apologie de la modernité du football est tout à fait louable et respectable. 

Pour être honnête, après avoir fermé le livre, j’ai écrit ces quelques lignes loin des matches de la Ligue des Nations. Une nouvelle compétition, sans histoire ni saveur, venue remplacer les parties amicales et surcharger le calendrier de matches officiels pour donner davantage de visibilité et de bénéfices (financiers) aux équipes nationales. Le football de sélection est une victime du football moderne qui tourne autour des clubs. Alors, tout est fait pour sauvegarder son bout de territoire, quitte à faire voyager et mélanger des joueurs alors qu’un virus circule toujours et oblige les gouvernements européens à réinstaller des confinements. Déjà, l’été dernier, on a repoussé d’un an l’Euro pour finir les championnats nationaux et les Coupes d’Europe, alors que des milliards d’euros de droits tv étaient menacés en cas de non reprise de ces compétitions. Cela fut le cas pour celles qui le souhaitait avant d’enchaîner directement sur une nouvelle saison, sans vacances ou presque pour les joueurs soumis aux tampons plusieurs fois par semaine, en isolement lorsqu’un coéquipier est positif. The show must go on. C’est le football moderne…

Contro il calcio moderno, de Pierluigi Spagnolo, édition Odoya.

Slow Sud, un coin « terrone » à Milan

Voyage en Terronie. L’opposition Polentone (nord) / Terrone (sud) est un marqueur de la société italienne. Humour, dédain, insulte, les interprétations varient selon le contexte… Les Italiens de la partie méridionale sont renvoyés à ce lien « à la terre », mais avec une poids souvent négatif derrière cette parole. L’accademia della Crusca cite le linguiste Bruno Migliorini, qui dans son livre « Parole e Storia » (1975) écriva : « Les méridionaux appellent polentoni ceux du Nord, où est fréquemment utilisé la polenta ; alors que ces derniers appellent les méridionaux terroni, habitants des « terres dansantes » sujettes aux tremblements de terre. » Un terme qui au fil des années a trouvé des liens avec paysans, vilains, pauvres, bêtes…

Si Milan est la capitale économique et de la mode italienne, c’est aussi une ville de migration, où de nombreux méridionaux viennent chaque année pour leurs études ou travailler. Cette diversité se retrouve dans la vie quotidienne de la cité, de la culture en passant par la gastronomie. Bien sûr, tout n’est pas parfait. Comme ailleurs, il y a des incidents, des polémiques comme lorsqu’en 2019 une propriétaire ne voulait pas louer un appartement aux méridionaux, ou encore la fuite des « Milanais d’adoption » vers leur sud lorsque la Lombardie est devenue zone rouge aux prémices de l’émergence du Covid-19, début mars.

Panelle.

Milan, qui accueille des salons internationaux tout au long de l’année, est sans doute la ville la plus internationale d’Italie aussi en termes de cuisine. Mais également la plus régionale avec de nombreuses osterie pugliese, siciliane, toscane… effet de cette migration. On pourra y revenir.

Le restaurant présenté aujourd’hui, Slow Sud, a décidé de jouer à fond la carte terrone en plein coeur de Milan, un emblème de la polentonie. La polenta, ce plat (succulent) à base de farine de maïs, est une spécialité de Bergame, voisine lombarde à 40 km à l’Est. Le nom renvoie aussi à « Slow Food », l’association internationale qui milite pour une alimentation de qualité et respectueuse des territoires, de l’écosystème.

Pasta alla norma

L’établissement, situé à proximité de la via Torino, dans le quartier du Duomo, se revendique même « ristorante terrone ». La décoration renvoie logiquement au sud. Et la carte est un voyage dans la cuisine méridionale, avec une prédominance de la Sicile, mais passe aussi par la Sardègne, Calabre ou les Pouilles. Et une promesse « in amore vince che frigge », en amour gagne celui qui frit. Parmi les plats fave e cicoria, panelle, gattò, parmigiana, pasta alla norma, timballo alla palermitana, paccheri siracusana, calamari ripieni, polpette catanesi, scarpece, caponata, jusqu’au dolce cannolo siciliano sont à (re)découvrir. Les boissons n’échappent pas à cette régionalisation avec les bières Ichnusa et 24 Baroni Nera ou les vins Primitivo, Negroamaro (rouges), Catrarratto, Moscatello Selvatico (blancs) notamment.

Timballo di anelletti alla palermitana.

Vous trouverez sans doute des ambiances plus « typiques » du sud à Milan mais derrière ce côté un peu « marketing » (jusqu’à la Terron’s Card avec 10% de réduction), l’atmosphère est détendue, l’accueil convivial, le service attentionné, la nourriture bonne et les prix corrects. Autant de motifs pour faire un pause lente à « Slow Sud ».

Cannolicchi siciliani en version livraison.

Il est même possible d’emmener un bout de terronie à la maison (agréable en cette période de restriction). L’épicerie est voisine « Putia Bottega Terrona » avec notamment des panini et un service « delivery terrone » est proposé sur le site avec livraison gratuite et pour certains plats au choix une part pour une personne ou une « terrona », comprenez, une portion plus copieuse.

Dans « Così parlò Bellavista », (de Ugo Ojeti) le personnage principal dit « on est tous le méridional de quelqu’un ». En cuisine (et pas seulement), cela peut être pris comme un compliment.

Slow Sud, Via delle Asole, 4 – Milano
+39 02 7200 2595 www. slow-sud.it

Francesco Totti se raconte dans un documentaire et c’est réussi


« Mi chiamo Francesco Totti ». Un titre qui résume tout. Pendant plus d’une heure et demie, l’emblématique capitaine et numéro 10 de la Roma se raconte à la première personne, lui qui se définit « timide » depuis l’enfance et n’a pas l’habitude d’accaparer les médias et les réseaux sociaux de déclarations et autres prises de position. Avant ce documentaire, il y eut un livre « Un capitano », écrit avec Paolo Condo en 2018, pour revenir sur ses souvenirs, sa vérité. Ce documentaire est son prolongement.

L’œuvre du réalisateur Alex Infascelli a eu droit à une présentation au festival du film de Rome, avant trois journées « événements » dans les cinémas du pays (19 au 21 octobre). En sortant de la salle, ce mardi après-midi, le sentiment est largement positif. Bien sûr, c’est à la gloire du joueur, qui n’a pas de contradictions, mais n’élude pas certains moments plus délicats.

Déjà, Totti n’a pas cherché à poser sa voix. Au contraire, son accent romain transpire à chaque parole, son naturel aussi, presque comme s’il était dans la salle avec nous, à commenter tranquillement les images de sa vie. Les archives sont le point fort de ce documentaire qui s’ouvre avec le piccolo Francesco à la plage avec ses parents, et ce « tiè, regarde comment maman était jeune ». Les images de ses matches en jeunes, de ses exploits en professionnel mais aussi des moments intimes de sa vie s’enchaînent, accompagnés de ses témoignages. On ne tombe pas dans le pathos grâce à l’écriture du réalisateur romain (récompensé pour plusieurs oeuvres comme Almost Blue ou S is for Stanley) qui a su bonifier cette riche matière.

On parcourt toute sa carrière, dès ses premiers faits d’armes en jeunes sous les couleurs de Lodigiani « la seconde équipe de Rome, parce que la Lazio est la troisième », glisse-t-il. A 12 ans, il a le choix entre la Roma et la Lazio, qui semble favori. « Je viens d’une famille de Romanisti. Si j’avais choisi la Lazio, on m’aurait dit au revoir pour toujours ». Il dira juste au revoir à une vie normale, comme il l’a détaillé à Vanity Fair Italia dans un très long entretien paru cette semaine pour promouvoir la sortie du documentaire. “La route d’un footballeur est pleine de solitude parce qu’elle est extérieure à la réalité et parallèle à la vie quotidienne des autres. Tu commences jeune à voyager, dormir seul au vert, à manger différemment. Ça semble de petites choses mais qui te changent mentalement.”

Totti, habitué de la Curva Sud depuis l’enfance, a découvert la Serie A à 16 ans aux côtés de Giuseppe Giannini. « Il Principe » de Rome, est d’ailleurs venu lui faire une surprise à la fête d’anniversaire de ses 18 ans. Il aura la succession de son numéro 10 puis son brassard, pour devenir « il Re » de Rome.

Il a grandi comme footballeur et homme grâce à Mazzone et Zeman, moins grâce à Bianchi, avec qui il aura ses premiers rapports conflictuels avec un entraîneur. On navigue ainsi dans ses souvenirs, buts à l’appui. Le scudetto sous Capello en 2001 avec Montella et Batistuta à ses côtés, un an après la secousse à Rome du titre remporté par la Lazio. Et puis la Coupe du monde 2006, alors qu’il revenait d’une rupture du péroné (février). Lippi était venu lui parler à Rome avant de dévoiler la liste. Il insiste sur le penalty contre l’Australie, ces « 20 secondes » d’angoisse alors que l’Italie est à 10, avant de tirer et d’envoyer la Squadra Azzurra en quarts de finale d’un parcours achevé par un sacre à Berlin face à la France.

Romanista et Romain pour toujours, « qu’est ce tu es belle Rome », dit-il. Mais il y eut « les doutes » lorsque le Real Madrid l’avait érigé en priorité. Il prolongera finalement à la Roma et verra son « frère » Antonio Cassano s’engager avec le club espagnol.

Sa rencontre avec Ilary Blasi, star de la tv, n’est pas éludée, au contraire. On voit une sortie au cirque ensemble ou encore le mariage en 2005, diffusé en direct à la télévision, avec une foule monstre devant l’église, la naissance des enfants… Totti livre aussi sa vie privée qui se conjugue parfois avec le football, comme lors du derby en mars 2002 (5-1) avec un t-shirt « 6 unica » sous son maillot. Il a longtemps hésité sur le mode de lui adresser un message. Il a signé trois passes décisives pour Montella, avant de marquer « le plus beau but » de sa carrière et enfin libérer son cri du coeur pour Ilary. Plusieurs fois, il rapporte l’avis de sa femme dans ses choix ou dilemmes, presque comme un mentor.

Les anecdotes défilent jusqu’au dernier jour de sa carrière de footballeur, le 27 mai 2017. Les mois précédents furent pesants. Pourtant, en janvier 2016, lorsque Luciano Spalletti effectua son retour sur le banc de la Roma, Totti était heureux de pouvoir finir sa carrière avec « un ami ». Un rapport de confiance né lors du premier passage du technicien sur le banc de la Louve (2005-2009). Ce fut « un cauchemar », dès le premier jour, le capitaine a senti que « le rapport avait changé ». La rupture définitive interviendra dès le 21 février 2016. Spalletti ne convoque pas Totti pour le match contre Palerme, suite à une interview du joueur au journal télévisé de la Rai demandant « respect et clarté », alors que son temps de jeu est faible. Totti viendra à l’Olimpico, poussé par Ilary. Il sera ovationné par les tifosi – qui siffleront Spalletti -, puis reviendra en jeu, les rencontre suivantes, quelques minutes ici ou là. Le doublé en deux minutes et deux ballons touchés contre le Torino (3-2, avril 2016) aurait pu être la fin. Il prolonge d’une saison sans trouver davantage d’espace jusqu’à une sortie unique. Après le match, on ressent l’émotion alors qu’il est seul sur des marches dans le sous sol de l’Olimpico. De longues secondes, le regard perdu, avant d’entrer sur la pelouse sous l’ovation et une haie d’honneur de ses partenaires, jusqu’à tomber dans les bras d’Ilary (arborant un maillot 6 unico) et leurs trois enfants.

Les larmes de tout un peuple qui répondent à une question qu’il se pose au coeur du récit : « Mais je me dis : est-ce que ce sera possible un jour dans ma vie que personne ne m’arrête pour me demander un autographe. Avant que je ne meure, pourrais-je sortir sans que personne ne me dise rien? Selon moi, non… » Non, parce que tu t’appelles Francesco Totti.

Mi chiamo Francesco Totti, documentaire d’Alex Infascelli. Produit par The Apartment e Wildiside avec Capri Entertainment, Vision Distribution e Rai Cinema.

Botinero, dans les chaussures de Javier Zanetti

Un restaurant au goût de Ligue des Champions. En cette semaine de reprise de la plus prestigieuse compétition continentale, je vous emmène chez le dernier capitaine d’un club italien à avoir soulever la coupe aux grandes oreilles. Javier Zanetti est en effet le propriétaire d’il Botinero, situé via San Marco, à deux pas de l’osteria Stendhal (mon article ici), dans le quartier Brera. Un restaurant et lounge bar qui s’étend avec une terrasse, notamment pour l’aperitivo et les soirées (jusqu’à 2 heures du matin, en période sans Covid).

Comme il s’agit d’un restaurant, commençons par la cuisine. La carte allie les classiques de la cuisine italienne à des spécialités argentines. La viande sud-américaine (notamment grillée, alla brace) a ainsi une belle place dans les secondi au milieu de quelques poissons ou de la cotoletta alla milanese. L’angus en filet, tagliata ou tartare ravira les amoureux de la « carne ». Dans l’ensemble, les plats sont de réguliers, de qualité et présentent du caractère, un peu comme l’était Javier Zanetti sur le terrain.

Niveau tarif, on est loin de l’osteria italienne pour un déjeuner rapide et bon marché. Il Botinero est un restaurant à la fois chic et décontracté, très milanais, avec une jolie carte de vins italiens. Le service est attentionné et le cadre élégant. Une ambiance feutrée qui sort néanmoins de l’ordinaire. Tout rappelle son propriétaire. Déjà, la télévision est allumée et diffuse Sky Sport 24 (sans le son). Surtout des tableaux de Zanetti en nerazzurro et d’autres légendes du football ornent les murs.

L’entrée est même un véritable musée avec des photos, chaussures et autographes d’adversaires et partenaires des années 90 et 2000. D’ailleurs, Botinero pour « Botines » qui en Argentine désigne des chaussures. Zanetti a ouvert ce lieu avec son compatriote et coéquipier Esteban Cambiasso et un ami Federico Enrichetti en 2012. Des pièces d’exception comme la paire de Roberto Baggio lors de sa dernière rencontre en Nazionale (28 avril 2004) ou celle de Ronaldo lors de la finale de la Coupe du monde 98 sont en vitrine. On navigue dans nos souvenirs avec celles de Totti, De Rossi, Del Piero, Raul, Robben, Figo, Ronaldinho, ou encore des Rossoneri Paolo Maldini et Pippo Inzaghi (saison 2007, celle de la dernière Champions League du Milan), Ibrahimovic (2008-2009 avant son départ de l’Inter).

Quelques cases du musée de chaussures.

Milito et Cambiasso ont laissé un bout de la saison du Triplete. Les chaussures et brassard de capitaine de l’Argentin lors de la finale à Madrid sont au centre de la collection. D’ailleurs, la société gérant le restaurant s’appelle Triplete…

Trois, comme le nombre de restaurants détenus par le vice-président de l’Internazionale à Milan : Zanetti avait commencé dès 2003 avec « El gaucho » (via Carlo d’Adda) et a inauguré en 2019 el patio del Gaucho (au sein de l’hôtel Sheraton San Siro), deux lieux vraiment argentins.

Le mur de photos de Zanetti.

Pour revenir au Botinero, il est principalement fréquenté par le milieu des affaires – le calcio s’invite souvent dans les discussions – et des touristes curieux le midi. Son emplacement et son cadre séduisent les Milanais pour des soirées qui peuvent être festives ou calmes et même romantiques.

Les brassards de Zanetti

Les jours de match de l’Inter, il est conseillé de réserver. De nombreux footballeurs en visite à Milan s’arrêtent aussi à la table de Zanetti. Bref, tifoso interista ou simple passionné de football, il Botinero devrait ravir vos papilles et vos yeux, en attendant que San Siro rouvre ses portes lors des matches.

Botinero, via San Marco, 3, Milano. Ouvert tous les jours. www.botinero.com

La renaissance de l’Arena Civica de Milan

La construction de l’Arena 

L’Arena Civica est la plus ancienne implantation sportive d’Italie et doit sa naissance à un français. Au début du 19e siècle, Napoléon 1er, empereur de France et tout juste couronné roi d’Italie (1805 au Duomo), souhaitait un lieu à Milan pour les fêtes, célébrations et spectacles. La zone du parc Sempione, où les fortifications furent partiellement démolies et la forme d’un amphithéâtre, pour rappeler la tradition romaine, furent plébiscitées. Deux ans de travaux pour mener à bout le projet de Luigi Canonica et une inauguration en 1807 lors d’une naumachia (bataille navale) avec 30 000 personnes, la capacité des tribunes (le quart de la population de la ville à l’époque).

Le public lors du 1er match de la Nazionale le 15 mai 1910.

L’Arena et le football

Les sports modernes furent leur apparition en 1895 avec les championnats italiens de cyclisme. Mais l’Arena Civica devint surtout une terre de calcio. Le 15 mai 1910, la Nazionale disputa son premier match international. Un succès (avec des maillots blancs) 6-2 contre la France.

Après le campo sportivo Ripa Ticenese (1911-1913) et il Campo Goldoni (1913-1930), l’Internazionale s’y est installée. 17 années, dont une période de cohabitation avec l’AC Milan (1941-1945) à cause de la guerre rendant San Siro difficilement accessible (pas de tram due à la pénurie d’électricité). Puis les Nerazzurri rejoindront finalement les Rossoneri en 1947 à San Siro, laissant l’Arena sans locataire (brève parenthèse de rugby au 21e siècle). L’athlétisme prit alors le relais avec quelques faits marquants dont huit records du monde comme celui sur 800 mètres en 1973 de Marcello Luigi Fiasconaro.

La nouvelle Arena

Victime du temps, l’Arena laissait apparaître les stigmates de son passé glorieux et offrait un présent peu chaleureux. La ville a donc décidé de restructurer ce lieu apprécié des Milanais et rebaptisé Gianni Brera en 2002, en hommage au journaliste sportif ayant marqué le 20e siècle par sa plume.

La nouvelle piste offre une sensation de vitesse.

Jeudi 15 octobre, la nouvelle piste (verte et orange) et la nouvelle pelouse de football ont été inaugurées en présence du monde du sport italien et milanais comme Giovanni Malago, président du Coni, qui a glissé « une grande idée » : intégrer l’Arena au programme des Jeux Olympiques d’hiver 2026 qui auront lieu entre Milan et Cortina. L’épreuve de patinage de vitesse pourrait s’y dérouler.

Si des travaux sont encore à réaliser, comme les vestiaires et l’éclairage, l’enceinte a vraiment retrouvé une seconde jeunesse. Des sportifs ont pu le constater jeudi, avant que les Milanais y ait accès pour un week-end de portes ouvertes les 16 et 17 octobre. Des athlètes comme Filippo Tortu (recordman d’Italie du 100m) ont testé la piste qui se verrait bien accueillir une étape du circuit mondial Golden Gala.

Surtout, le football milanais pourrait faire son retour. Beppe Marotta et Alessandro Antonello (administrateurs délégués) pour l’Inter ; Paolo Scaroni (président) et Paolo Maldini (directeur sportif) pour Milan étaient présents à l’inauguration alors que des joueuses (Regina Baresi ou Illara Mauro de l’Inter, Valentina Giacinti ou Linda Tucceri du Milan) ont foulé la pelouse. Si le stade n’est pas homologué pour la Serie A, il peut recevoir des matches amateurs, de Primavera et de Serie A féminine. Et l’idée fait son chemin, surtout en ce week-end de derbys milanais, le masculin samedi (18 heures à San Siro) et féminin dimanche (12h30). Actuellement, les féminines de l’AC Milan jouent au Centro sportive Vismara et celles de l’Inter à Sesto San Giovanni. Et si le 28 mars 2021 marquait le retour du football avec le derby retour? Peut-être même avec des tribunes remplies… Mais ça, c’est une autre histoire.

La nouvelle pelouse attend son premier match.

A table chez Stendhal

Ceux qui me connaissent savent que je passe un peu de temps à table. Bon, d’accord, beaucoup, avec passion… Lors de mes séjours en Italie, j’ai toujours apprécié découvrir la cuisine locale, loin de la pasta carbonara (sauf à Rome) et de la pizza (enfin, elle finit toujours par s’inviter…) à travers des établissements typiques du territoire. Au fil des passages réguliers, Milan est devenue ma terre d’adoption, au point d’y vivre désormais. J’y poursuis mes découvertes culinaires entre osteria, trattoria, ristorante, pizzeria, focacceria, prosciutteria… Lombarde, Italienne, cuisine du monde, fusion, Milan offre un choix à son image, entre tradition et modernité. Alors, lorsque mon estomac sera convaincu et ma tête motivée, je partagerai avec vous dans cette rubrique quelques coups de coeur au sein des tables milanaises. Et pour commencer, l’adresse s’est imposée d’elle même : l’osteria Stendhal.

Ma passion pour l’oeuvre littéraire de Henry Beyle n’est pas étrangère à son amour pour l’Italie et particulièrement Milan, lui qui s’est défini en épitaphe comme « Milanese ». J’ai dévoré une partie de ces livres, surtout ceux ayant pour cadre l’Italie, avec un attrait pour parcourir encore et encore ces carnets de voyage lorsque je suis moi même en déplacement ou seulement nostalgique d’un endroit. Stendhal qui a donné son nom au lycée français à Milan.

Je connais ce restaurant depuis 4 ans maintenant. Je n’ai jamais été déçu, que ce soit le midi, dans une ambiance de brasserie avec de nombreux cadres du quartier (via Solferino, porta Nuova), ou le soir avec une atmosphère plus calme et romantique.

L’osteria a été créée en 1999 par un Anglais expatrié à Milan. Au moment de baptiser son établissement, le pseudonyme de l’écrivain – un étranger amoureux de Milan et de sa cuisine – dont il a lu de nombreux ouvrages et qu’il qualifie de « génie », était une évidence. Des livres anciens de Stendhal en français et en italien, machine à écrire, téléphone accroché au mur, affiches de publicité… Une ambiance entre le 19e et le 20e siècle se dégage du restaurant situé Via Ancona, à deux pas de Brera, avec une petite terrasse couverte donnant sur la rue.

La carte, avec des dénominations en français (entrée, pâtes, viandes…) et des citations en italien (La vera patria è quella in cui incontriamo più persone che ci somigliano) est assez classique pour un restaurant italien avec antipasti de mer et de terre (ah les fiori di zucca farciti con ricotta e pesto), pasta (mention à la carbonara di Henry), viandes et poissons grillés ainsi que les spécialités milanaises comme la cotoletta (en deux versions, rappelant « on apporta d’excellentes côtelettes pannées. Pendant plusieurs années ce plat m’a rappelé Milan » dans l’autobiographie La Vie de Henri Brulard) ou l’ossobuco.

Cotoletta, 2018.

Le risotto est la spécialité avec la version au safran alla Milanese mais aussi alla monzese (citrouille et saucisse), al tartufo nero ou encore un très bon riso al salto.

Riso al salto, juillet 2020.

La carte de vin parcourt les régions d’Italie. Mention au pain maison, avec plusieurs versions dans la panière. Enfin, la tarte tatin proposée parmi les desserts maison mérite de céder à la gourmandise avant un café.

Tarte tatin, février 2020.

L’osteria Stendhal n’est pas le meilleur restaurant de Milan (même si je ne me risquerai pas à établir un classement) mais le rapport qualité/prix est bon et le service à la hauteur d’une osteria « haut de gamme » milanaise. Alors, si vous aimez l’oeuvre de Stendhal, je vous conseille de plonger dans cet univers un soir avant une promenade digestive à pied par Brera, la Scala jusqu’au Duomo et penser à ce passage de Rome, Naples, Florence du 2 septembre 1816 : « Je suis allé tous ces soirs, vers une heure du matin, revoir le Dôme de Milan. Eclairée par une belle lune, cette église offre un aspect d’une beauté ravissante et unique au monde ». Buon appetito.

Antica Osteria Stendhal, via Ancona, 1, Milano. Ouvert tous les jours.